Lettre - Conformiste, la lecture?

Il n’y a pas grand-chose en quoi je crois aussi fermement que les fonctions émancipatrices de la lecture. Surtout chez les enfants. C’est sans aucun doute que ma passion pour la lecture a fait de moi la personne que je suis.

 

C’est pourquoi la plus récente campagne publicitaire de la Fondation pour l’alphabétisation (« Qui a lu, lira »), dévoilée jeudi dans le métro de Montréal, me laisse pantoise. Y sont en évidence deux enfants, qu’on suppose être un garçon et une fille, livre à la main. Ce qui choque, c’est que le garçon est tout habillé de bleu et lit un livre bleu et que la fille est tout habillée de rose et lit un livre rose.

 

Alors que l’on tente de faire entendre le message que la lecture permet aux enfants de voyager dans leur imaginaire, pourquoi leur imposer une vision aussi réductrice du genre et de leur identité ? Si la lecture permet de s’ouvrir au monde, je trouve que la campagne publicitaire de la Fondation pour l’alphabétisation envoie le message contraire, soit que la lecture ne sert qu’à consolider des standards imposés par une société trop souvent complaisante.

 

Je crois que la mission de la Fondation pour l’alphabétisation est belle et grande. Les campagnes passées démontrent beaucoup de créativité et de bonne volonté. Toutefois, en illustrant une banale binarité des genres comme seule identité possible, elle ferme la porte à la nécessaire exploration qui guide les choix des enfants devant une pile de livres, dans un contexte où les frontières entre les genres sont toujours plus étanches et inébranlables.


Sophie-Geneviève Labelle - Auteure pour la jeunesse et candidate de Rosemont pour Option nationale, Le 8 novembre 2013

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