Lettre - Désillusions

Je suis une plutôt vieille féministe qui a pris son élan dans les années 70 du siècle dernier. La principale qualité du mouvement féministe de cette époque fut sa capacité à aller de l’avant sans jamais avoir à imposer une quelconque hiérarchie ou une quelconque orthodoxie. Les désaccords entre les féministes de toutes tendances étaient respectés et enrichissaient les débats.

 

Je m’illusionnais en croyant qu’il en allait encore ainsi. Mon désenchantement fut brutal lorsque j’ai lu le cahier spécial sur les « États généraux du féminisme » que nous proposait Le Devoir de samedi dernier. Voir surtout l’article consacré à la Charte des valeurs québécoises.

 

D’entrée de jeu, disons tout de suite que le seul point de vue qui y était défendu émanait de la Fédération des femmes du Québec, dont l’actuelle dirigeante et sa prédécesseure sont connues pour leurs positions idéologiques bien campées et parfois même doctrinaires. Je n’y vois pas d’emblée un problème. Il importe toutefois de souligner, et c’est précisément de cet aspect que naît ma profonde désillusion, que jamais je n’avais retrouvé auparavant un tel ramassis d’injures et d’invectives (« racistes », « xénophobes », « impérialistes ») dirigées à l’endroit d’autres féministes.

 

Je me pose donc la question suivante : qui donc divise les rangs, impose sa ligne de fracture sans nuance ? Autre question : qui, surtout, est en train de dénaturer le mouvement féministe, lui qui avait toujours su résister à tous les dogmatismes et à toutes les lignes de parti ?

 

Danielle Beaulieu - Montréal, le 28 octobre 2013

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