Lettre - Désillusions

Je suis une plutôt vieille féministe qui a pris son élan dans les années 70 du siècle dernier. La principale qualité du mouvement féministe de cette époque fut sa capacité à aller de l’avant sans jamais avoir à imposer une quelconque hiérarchie ou une quelconque orthodoxie. Les désaccords entre les féministes de toutes tendances étaient respectés et enrichissaient les débats.

 

Je m’illusionnais en croyant qu’il en allait encore ainsi. Mon désenchantement fut brutal lorsque j’ai lu le cahier spécial sur les « États généraux du féminisme » que nous proposait Le Devoir de samedi dernier. Voir surtout l’article consacré à la Charte des valeurs québécoises.

 

D’entrée de jeu, disons tout de suite que le seul point de vue qui y était défendu émanait de la Fédération des femmes du Québec, dont l’actuelle dirigeante et sa prédécesseure sont connues pour leurs positions idéologiques bien campées et parfois même doctrinaires. Je n’y vois pas d’emblée un problème. Il importe toutefois de souligner, et c’est précisément de cet aspect que naît ma profonde désillusion, que jamais je n’avais retrouvé auparavant un tel ramassis d’injures et d’invectives (« racistes », « xénophobes », « impérialistes ») dirigées à l’endroit d’autres féministes.

 

Je me pose donc la question suivante : qui donc divise les rangs, impose sa ligne de fracture sans nuance ? Autre question : qui, surtout, est en train de dénaturer le mouvement féministe, lui qui avait toujours su résister à tous les dogmatismes et à toutes les lignes de parti ?

 

Danielle Beaulieu - Montréal, le 28 octobre 2013

35 commentaires
  • Michel Bouchard - Inscrit 30 octobre 2013 01 h 00

    Qui donc divise les rangs ?

    Qui donc divise les rangs ? Les opposants à cette charte qui sont venus nous dicter leurs convictions religieuses. Nous sommes , nous Québeçois, donc des xénophobes et des racistes. Nous qui avons bâti, mes ancêtres et les vôtres , vous Québeçois, une société et un état laïque qui devrait être pris par le simple fait d'une autre religion qui nous ai totalement inconnu. (...) Je me souviens.... que l'état du Québec a, jadis, été bâti sur des principles religieux mais alors qu'aujourd'hui , c'est un état laïc. Je me souviens que né sous le lys , j'ai vécu sous la rose et que je suis mort sous le dogme d'une religion.

    Avons-nous besoin que ces personnes viennent nous dicter comment agir dans notre état ?

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 30 octobre 2013 09 h 17

      Vous êtes dans le champ, monsieur, ou mieux dit, l'aveuglement volontaire, ou pas. Je suis contre la charte qui, heureusement, ne porte pas le nom de charte de la laïcité, car ça releverait de l'infâmie, et n'est qu'électoralisme.

      Je suis contre la charte, surtout concernant le port de signes dits ostentatoires, et je suis athée. Et je ne suis pas la seule dans cette position.

      La laïcité au Québec, la prétendue égalité homme femme déjà là et entière, sont boîteuses et ont besoin d'être revues en profondeur, et dans les faits, et non pas trahies ou galvaudées comme c'est le cas présentement.

    • J-F Garneau - Abonné 30 octobre 2013 16 h 31

      Votre caractérisation et vos généralisations au sujet des opposants de la charte contribuent à polariser et diviser encore plus que les faussetés que vous attribuez à ceux que vous caricaturez. Vous avez un sens de l'ironie très aiguisé.

  • Nancy Leblanc - Inscrite 30 octobre 2013 06 h 50

    Féminisme "racisé"?

    Dans l'article que vous donnez en lien, on y parle de féminisme racisé.
    On nous entretient sur le féminisme afghan, le féminisme égyptien. etc...
    Peut-on vivre un peu dans notre Québec à nous, s'il-vous-plaît?

    Votre question, madame Beaulieu, est tellement à propos!

    Il faut croire qu'il y a une force qui a cours présentement, en cette période enflammée, qui se situe bien au delà du dogmatisme, des lignes de parti, et même des dirigeantes de Fédérations. Une force qui tente peut-être même de se situer au-dessus de notre féminisme.

    Cette force est faite de "victimes voilées", et des mâles qui les veulent telles, nous rappelant constamment notre endoctinement multiculturel en jouant sur la culpabilité et la peur du chaos.
    C'est d'ailleurs aussi cette force que La Charte des valeurs "québécoises" tente d'endiguer.
    Je vis mon féminisme chez-moi, au Québec, dans la continuité. Celles qui se joignent à nous, peu importe leurs provenances, doivent faire l'effort et essayer de nous joindre, là où nous sommes rendues. Je demeure patiente, accueillante et tolérante, mais je ne ferai jamais marche arrière!

    Quand on se dit volontairement partie prenante d'une doctrine qui demande la soumission, et qu'on tient mordicus à en faire la démonstration, comment peut-on se dire féministe?
    C'est ensemble que nous marquons des points et notre "stratégie" EST québécoise. Je ne demande pas d'exporter ça ailleurs; je ne demande pas la lune!
    Chez-nous, c'est comme nous les filles!

  • François Beaulé - Inscrit 30 octobre 2013 07 h 47

    Réponse à la dernière question de Mme Beaulieu

    Les limites imposées par la recherche de l'égalité hommes-femmes. En 2013, les femmes sont devenues très inégales entre elles. Voilà le fond du problème. Les inégalités entre les hommes et les femmes sont presque disparues, les inégalités sociales ne cessent de croître. L'objectif premier du féminisme ayant été atteint, les féministes ont du mal à se redéfinir et se chicanent pour des détails.

    • France Marcotte - Abonnée 30 octobre 2013 09 h 55

      Toujours votre credo...

      Au contraire, je pense que si on s'épuise en surface, c'est parce que le problème de fond n'est pas encore résolu.

    • François Beaulé - Inscrit 30 octobre 2013 11 h 52

      Le problème de fond? Il faudrait préciser vos allégations. Il faut être très dogmatique pour ne pas reconnaître que les inégalités hommes-femmes sont mineures au Québec et que les inégalités sociales sont grandes. Il ne s'agit pas d'un credo, c'est la réalité.

    • France Marcotte - Abonnée 30 octobre 2013 15 h 19

      Il ne faut pas être dogmatique, monsieur Beaulé, pour affirmer ce que j'affirme simplement. Il faut travailler comme femme dans une chasse-gardée masculine. Je dis bien travailler.

  • Johanne St-Amour - Inscrite 30 octobre 2013 09 h 08

    Le féminisme de la FFQ est devenu accusateur et diviseur.

    Merci Mme Beaulieu de votre commentaire. J'ai aussi été estomaquée de lire ce cachier. Serait-ce la nouvelle mode de l'intersectionnalité, que les féministes québécoises ont tardé à adopter, selon les dires de ces représentantes qualifiant le féministe québécois pratiquement d'arriéré, lui qui a toujours été reconnu pour la justesse de ses luttes à travers le monde?

    On se demande à qui s'adresse le "Qui suis-je pour déterminer quelle est la stratégie à avoir en tant que féministe?", titre d'un des articles. De toute évidence, il ne s'adresse pas aux femmes blanches, laïques, en trop bonne santé, mal situées, soit pas assez au Sud et pas assez au Nord et Québécoises de souche de surcroît! Les "nouvelles féministes" de la FFQ font tabula rasa des racines et des analyses qui ont expliqué le féminisme pour dicter leurs analyses davantages reliées aux "racines des pratiques sociales" (out le patriarcat), dicter leur agenda et invectiver celles qui ne pensent pas comme elles.

    Les féministes qui de tout temps ont été solidaires des luttes de toutes les femmes du monde se font maintenant dire de se mêler de leurs affaires. Mais on a compris que l'offensive de ces nouvelles pensantes vise essentiellement à faire taire les femmes qui sont pour la charte des valeurs et pour l'interdiction du port de signes religieux dans l'espace civique.

    D'ailleurs cette division a, en partie, commencé lors du fameux débat sur la prostitution et lorsque sous la pression de femmes pro-prostitution, la FFQ avec Françoise David comme présidente, avait abdiqué et reconnu la prostitution comme un travail.

    Et je suis totalement d'accord avec vous pour dire que la FFQ, devenue sectaire, fait exactement le contraire de ce qu'elle dénonce, soit la hiérarchisation des luttes. Heureusement, de plus en plus de femmes constatent que la FFQ ne parlent surtout pas pour toutes les femmes. Loin de là.

    Vivement pour que l'organisme Pour le Droit des Femmes se déploie!

    • Pierre Cloutier - Abonné 30 octobre 2013 13 h 09

      Oui, Johanne, vivement un nouvel organisme. La FFQ, elle, a été complètement dénaturée.

      Soit une nouvelle association, ou encore, reprendre la FFQ des mains de celles qui s'en ont emparée, de la même manière qu'elles l'ont fait, c'est-à-dire, en « pactant » les assemblées. Ma conjointe y était.

      Il faut dire aussi que les femmes du Québec ont perdu leur fédération parce qu'elles l'ont négligée. C'est toujours ce qui arrive lorsqu'on cesse d'assiter aux assemblées. Les asbentes ont toujours tort, c'est bien connu.

      Peut-être ont-elles été naïves et se sont laissées bernées par des belles parleuses ? Peut-être aussi ont-elles été trop accueillantes, trop tolérantes, trop « inclusives ». Il semble bien que oui car c'est évident aujourd'hui : la FFQ a été piratée et déviée de sa route. Quelle route ? Relisez le commentaire ci-dessus.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 30 octobre 2013 09 h 10

    Qui?

    Il me semble que poser la question c'est y répondre... Le Québec en entier, et de diverses manières, est divisé, comment le mouvement féministe pouvait-il y échapper? Mais est-ce une si mauvaise chose? Je crois que lorsque tout le monde pense pareil, qu'on passe outre à des différences majeures pour avoir bonne figure... ce n'est jamais bon signe.

    C'est bien sûr le Parti québécois, qui, croyant décrocher là-dessus un mandat majoritaire a provoqué une division multiforme, unique ma foi au Québec, et qui au final le mène nulle part. Quant au mouvement féministe il est divisé depuis longtemps et s'il n'y a pas confrontation il me semble y avoir de moins en moins d'actions d'envergure, de contestations mobilisatrice, de buts communs. Peut-être que cela couvait, s'imposait?

    Sur le sujet lui-même, je ne peux croire que toutes étaient d'accord depuis des années avec la position de Mme David (et de Québec Solidaire), à savoir qu'on doit tolérer le port du voile et même de la Burqa. Et il y a pire...

    Certaines, dans un groupe que je n'identifirai pas, qui intervient auprès de celles dites les travailleuses du sexe, vont jusqu'à affirmer qu'il est impossible, tel que d'autres le disent, que les femmes qui "pratiquent ce métier" aient été en majorité abusées ou agressées sexuellement dans l'enfance ou l'adolescence, Or, toutes les recherches, les observations de celles qui oeuvrent dans ce domaine vont dans le sens contraire. Lors d'une émission liant l'artistique et le social, j'ai entendu une de ces intervenantes dire que c'est impossible: des femmes ayant subi ces outrages ne pourraient avoir ce type d'activité faute d'avoir une bonne perception de la sexualité. Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre! Castro a déjà tenu ce discours... Cela revient à dire que se prostituer est un choix de carrière libre, n'ayant jamais de lien avec la dépendance aux drogues. À quand une académie?

    • Nancy Leblanc - Inscrite 30 octobre 2013 10 h 55

      Du coq à l'âne!