Lettre - Quand la religion étouffe la foi

J’aimerais bien que les croyants ostentatoires et les scrupuleux de la rectitude politique comprennent que ce qui est remis en question par la Charte des valeurs québécoises en ce moment n’est pas la foi, mais la religiosité dans ce qu’elle a d’obséquieux, de rigide et de mortifère : la ségrégation sexuelle, l’esprit de doctrine et l’observance stricte des rites de masse.

 

La foi fait partie de l’esprit de la démocratie, mais pas la ségrégation sexuelle, l’esprit de doctrine et la soumission aux rites de masse. Ces trois aspects sont mortifères en ce qu’ils insistent sur la fixité de la vérité et l’uniformité des manifestations de la foi. La religiosité étouffe toute possibilité de lecture historique et toute objection de conscience en décrétant que ce qui était vrai il y a mille ans reste vrai aujourd’hui. Ce qui ne respire pas ne vit pas.

 

Il faut par ailleurs se réjouir que le politique ait encore droit de cité au Québec. C’est par moments un peu dur à vivre, mais ça nous empêche de nous éteindre collectivement. C’est sans doute cette vitalité politique qui dérange tellement le Canada. Nos voisins ont sacralisé le juridique au point où les bulles de la Cour suprême semblent dotées de l’infaillibilité papale. Le Canada, on le sait, est maintenant une entité fermée au politique. Avec pour triste résultat que les Canadiens ne discutent plus. Ils conversent.

 

Je suis pour cette charte, car je crois en mon âme et conscience qu’elle est du côté de la vie, de la démocratie et de l’humanité, et qu’elle aura un effet libérant et épanouissant pour la foi des croyants de quelque religion qu’ils soient. Enfin, sur le plan politique, il est plus que temps que le Québec dépasse le stade de l’entente verbale identitaire et qu’il pose partout où il le peut sa signature au bas de son contrat social.


Gilbert Turp - Le 18 octobre 2013

28 commentaires
  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 23 octobre 2013 07 h 03

    Un souffle nouveau

    Monsieur Turp, vous donnez à ce débat un souffle nouveau. L'objection de conscience est bien ce a été mis à l'épreuve dans ce débat. La Révolution tranquille est loin d'être terminée.

    • Claude Bernard - Abonné 23 octobre 2013 10 h 51

      Distinguer foi et religiosité?

      Vaste programme qui dépend de la conscience de chacun, n'est-il pas vrai?

      Croyez-vous vraiment que c'est à l'État de faire ce partage? Et sur quelles bases le fera-t-il?
      Sur des bases politiques? Qui pourrait soutenir cela?
      Sur la base de «consultations populaires»? Cela me semble friser la dictature de la majorité.
      N'avons-nous pas des lois pour nous protéger de ce genre de dictature?
      Sur la base d'un danger appréhendé? Pourquoi pas, si ce danger peut être démontré?
      Sur quelqu'autre base? Laquelle?

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 23 octobre 2013 12 h 43

      Sur la base et le principe de la laïcité.

      Et qui pourra soutenir les accommodements de moins en moins "raisonnables"?

      Vous êtes contre ces "consultations populaires" dont vous diminuez délibérément l'importance en employant les guillemets. Sous une dicdacture, monsieur Bernard, on dédaignent justement les consultations populaires.

    • Claude Bernard - Abonné 23 octobre 2013 15 h 26

      @ Jocelyne Lapierre,

      Je ne suis pas contre les consultations populaires quand elles sont des référendum, je suis contre quand on les utilise comme justification ex-cathedra. Quant aux guillemets, vous ne semblez pas trop vous-même allergique à leur usage.

      Plus sérieusement, le principe de laïcité est certainement justifié comme base pour non pas séparer foi et religiosité mais pour limiter l'influence des religions sur l'État et vice versa. Ici, la question demeure: l'État du Québec est-il ou non déjà suffisamment laïque? L'influence de la religion musulmane me semble minime, me trompai-je? Va-t-on la diminuer en interdisant le foulard?
      Quant pensez-vous Mme Lapierre?

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 23 octobre 2013 17 h 01

      Questions pertinentes, monsieur Bernard, et bien qu'elles méritent d'être répondues de manière élaborée, je peux simplement répondre qu'î ne s'agit pas de rendre l'État plus laïc, mais bien de l'inscrire dans une charte, et qu'il faut que cette laïcité soit soutenant par les représentants de l'État en ne portant pas de symboles ostentatoires. Quant à l'influence de l'islam ou de toute autre religion, elle se fait par le biais d'accommodements qui se font graduellement plus exigeants, au point de compromettre les droits et libertés des autres membres. Le prosélythisme non verbal est non négligeable, surtout chez les jeunes personnes. Donc, en interdisant le port de symboles religieux ostentatoires, selon moi, on diminue cette influence, et les représentants de l'État reflète la laïcité. De l'État, si importante pour assurer à tous les groupes de la société que l'État n'endosse aucun religion qui pourrait les discriminer. C'est sur cette base que je fonde mon opinion.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 octobre 2013 17 h 55

      @ Claude Bernard

      Quel est le problème que le principe de laïcité soit justifié comme base pour non pas séparer foi et religiosité mais pour limiter l'influence des religions sur l'État et vice versa ?

      Dans un état démocratique, n'est-il plus justifiable que les religions ne fassent pas parties des gouvernements afin que justement, une se faufile pour en devenir la religion d'état. Regarder en Ontario, seulement les écoles catholiques sont subventionnées à 100% par les contribuables alors que les autres religions, ne reçoivent aucuns deniers pour leurs écoles du gouvernement ontarien. Montesquieu n'avait-il pas dit qu' « une religion qui peut tolérer les autres ne songe guère à sa propagation. » et dans la même verve, Voltaire avait mentionné que « par tout pays, la religion dominante, quand elle ne persécute point, engloutit à la longue toutes les autres. » Et c'est justement pour cela que Thomas Jefferson était contre l'influence des religions dans les affaires de l'état.

    • Claude Bernard - Abonné 24 octobre 2013 09 h 46

      @ Cyril Dionne,

      Vous avez raison M. Dionne, il n'y a pas de problème; je faisais allusion aux propos de M. Turp sur la différence entre foi et religiosité.

      @ Jocelyne Lapierre,

      En effet, s'il s'agit de limiter l'influence des religions, je suis partant. Là où je vous suis moins c'est quand on prend les femmes musulmanes comme bouc émissaire d'une certaine phobie qui agite les Janettes et beaucoup d'autres intervenants dans ce débat. Je me dis: voilà, on s'attaque aux victimes des religions et on les rend responsables d'un certain malaise indéniable mais qu'on exagère.
      Votre opinion est fondée, Mme. Lapierre, ce qui nous sépare, c'est comment aider les musulmanes à s'intégrer et en même temps diminuer l'influence de l'Islam . Pour moi et pour quelques autres plus connus que moi, le projet de loi de Françoise David est suffisant.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 24 octobre 2013 12 h 55

      Bonjour monsieur Bernard, en effet, mieux vaut un pas dans la bonne direction que deux pas en arrière.

      Notre divergence d'opinion réside peut-être dans le fait que, pour m'être beaucoup informée sur la mouvance islamique en Occident, l'islamisation, avoir parlé avec beaucoup d'islamistes et de gens qui ont vécu sous la Charia et y ont échappé en émigrant au Canada, entre autres, pour avoir vécu moi-même nombre de situations troublantes liées au prosélytisme religieux, je vois le lien direct du port du voile et l'influence de l'islam, et je suis d'avis que cet accommodement dit raisonnable n'est que le début d'une longue suite d'accommodements qui seront demandés, et il n'y a qu'à avoir du côté de l'Europe pour connaître notre avenir.

      Ne pas réaffirmer formellement aujourd'hui la laïcité de l'État c'est remettre le problème à plus tard, donc choisir de gérer une crise plutôt que de s'y préparer de longue haleine.

      Merci de me lire.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 23 octobre 2013 07 h 11

    En plein dans le mille !

    Bravo !

  • Guy Beaubien - Abonné 23 octobre 2013 08 h 35

    La foi d'un côté, la politique de l'autre.

    Tout le monde a son Dieu et lui octroi un respect. Pour "l'intendance", la gestion de la collectivité, d'une ville, d'une province, d'un pays, contrairement à la croyance religieuse, il faut rester terre à terre et troquer le missel, le coran et les autres au profit des lois de la gestion de la communauté. Si une religion ne respecte pas celà, alors on ne doit pas la considérer comme une religion. Oui pour la charte, Oui pour le contrôle stricte des prétendues religions qui ont pour objectif de contrôler le monde comme en Iran, Afghanistan...

  • André Boulanger - Inscrit 23 octobre 2013 13 h 23

    L'arrogance des signes religieux

    Si un employé de l'état doit conserver une réserve dans ses convictions politiques, il doit en être tout autant de celui qui fait de la propagande religieuse. Il n'y a aucune différence entre les deux. Les religions sont des phénomènes sociaux comme les revendications sociales en sont aussi. En ce sens, toutes sont sur le même pied d'égalité.

    Permettre de porter des symboles religieux, et non les symboles politiques, dans les espaces de services d'état c'est affirmer que la religion est au-dessus de la démocratie.

    Il n'y a pas juste l'islam dans la vie religieuse, il y a ceux qui croient aux soucoupes volantes, à la fin du monde (encore), aux créationnistes et à tous les gadgets religieux qui vont se présenter dans l'avenir. On a pas fini d'en voir de toutes les couleurs.

    Dieu n'est pas fétichiste mais l'être humain très souvent ;0)

    andré boulanger

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 23 octobre 2013 13 h 27

    Religion ou communautarisme?

    Vous avez raison : le port de signes religieux n’est pas un geste religieux, mais un geste politique, en ce sens que le signe religieux est porté pour être vu et pour faire un certain effet sur son entourage.


    Quant au port du voile, il est devenu un combat politique lié à l'islamisation qui est en marche dans plusieurs pays d'Europe et même de pays musulmans ( car l'islam n'est pas qu'une religion, c'est aussi un système politique).

    L’islamisation, c’est "Rester pur" et ne pas se mélanger "aux autres" . Tout est mis en place pour se séparer et "se reconnaître". Le vêtement devient très visible pour "marquer la différence" et dresser des frontières symboliques qui séparent croyants et non-croyants.

    L’Islam est peu religieux ( 10 % de pratiquants), mais très politique et surtout culturel.

    Alors permettre des accommodements supposément religieux, ce serait permettre des accommodements politiques et culturels. Pas question.