Lettre - La fleur de lys? Quatre trente sous pour une piastre!

Madame Françoise David,

 

Les journaux du 10 octobre 2013 nous apprennent que vous avez suggéré de remplacer le fameux crucifix de l’Assemblée nationale par la fleur de lys. « Plus rassembleuse », auriez-vous ajouté.

 

Tout à fait d’accord pour remiser le crucifix, mais de là à le remplacer par une fleur de lys, autant dire que nous allons changer « quatre trente sous pour une piastre ». Dois-je vous rappeler, à vous qui êtes « de souche », que la fleur de lys comme composante du drapeau fleurdelisé est une survivance ringarde du temps où le Québec était la colonie d’une France monarchique et catholique qui n’existe plus ?

 

S’il faut absolument remplacer le crucifix par un emblème rassembleur, c’est à l’iris versicolore qu’il faut s’adresser. Il est d’ici, il est du Québec d’aujourd’hui. Dois-je vous rappeler, à vous qui êtes de l’Assemblée nationale, qu’en l’adoptant comme emblème officiel, l’assemblée précisait qu’il remplace le lis blanc qui avait été adopté en 1963 ?

 

Et pendant qu’on en est aux substitutions rassembleuses, on pourrait demander au fleurdelisé d’accompagner le crucifix au Musée de la civilisation. Nous leur ferions de belles funérailles en brandissant bien haut le drapeau des Patriotes orné de l’iris du Québec. En 1838, à l’époque où ce drapeau tentait de faire surgir du Bas-Canada une république souveraine, Robert Nelson bien que n’étant pas de souche comme plusieurs autres patriotes, mettait en avant un projet de société d’une étonnante actualité. Se réclamant stratégiquement des « décrets de la Divine providence qui nous permet de renverser un Gouvernement », cette déclaration consacrait la séparation de l’Église et de l’État, assurait l’égalité de tous devant la loi et le droit de tous à l’éducation, assurait l’émancipation des autochtones et quoi encore.

 

Au regard du Québec d’aujourd’hui, il n’y manquait somme toute que la reconnaissance du droit de vote aux femmes. Mon propos n’est pas d’essayer de gommer le passé ; il est plutôt de savoir ce que nous en ferons. L’histoire n’est pas là pour qu’on y accroche nostalgiquement le présent. Elle nous dit plutôt ce que nous pouvons faire demain en nous rappelant ce que nous avons fait hier.


Antoine Baby - Saint-Antoine-de-Tilly, le 10 octobre 2013

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5 commentaires
  • Michel Dion - Abonné 15 octobre 2013 03 h 53

    1838, ne fut qu'un rêve

    Il est curieux tout de même que Françoise David ait suggéré la fleur de lys. Lors de la fondation de Québec solidaire, l'une des trois ou quatre directives, qui étaient données pour la conception du sigle du parti, était précisément que la fleur de lys ne s'y trouve pas. Les internationalistes du parti ne voulaient pas la voir!
    Je crois qu'il est plus sain de se souvenir de la genèse du Québec que d'une défaite dont le peuple québécois a dû payer le prix. L'Acte d'union qui s'en suivit nous a coûté cher, très cher. La République de Nelson rêvée à Middlebury dans le Vermont, c'est comme la République de Platon: personne n'y a jamais vécu. De ce rêve, Robert Nelson, fils de loyalistes, s'en est très bien tiré, contrairement à d'autres qui ont dû payer de leur vie. Nous l'aurons peut-être un jour ce pays, je le souhaite, mais pour se faire, il faut s'inspirer plus de nos victoires même modestes que de nos défaites. Si notre passé nous apprend comment faire, il nous apprend davantage sur ce que l'on ne doit pas faire, surtout lorsqu'il s'agit de défaites.

  • Paskall Léveske - Abonné 15 octobre 2013 06 h 07

    Et pourquoi pas un symbole de sagesse et d'intelligence?

    M. Baby,

    À votre iris versicolore, j'ajouterais l'harfang des neiges, emblême aviaire du Québec depuis 1987 qui symbolise la blancheur des hivers québécois, l'enracinement dans un climat semi-nordique et l'extension sur un très vaste territoire. Il rappelle en plus la sagesse et l'intelligence, vertues dont devraient faire preuve tout parlementaire. Je flanquerais le tout de quelques branche de bouleau jaune (familièrement appelé "merisier") arbre emblématique officiel qui souligne l'attachement que les Québécois et les Québécoises portent à leur forêt.

  • Baruch Laffert - Inscrit 15 octobre 2013 09 h 01

    Le drapeau des patriotes, parfait symbole du multiculturalisme!

    Le vert irlandais, le blanc français et le rouge anglais, les trois alignés également dasnle même drapeau, représenants l'égalité et l'incorporation dans un seul pays plusieurs nationalités différentes. Parce que les patriotes ont compris que la seule façon de fonder un pays est d'y inclure tous ceux qui veulent en faire partie, peu importe leurs origines, langues, religions et traditions.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 octobre 2013 10 h 51

      Faisons-le ce fâmeux pays et on y mettra des étiquettes dessus «après» !

      On ne peux apposer des «stikers» sur quelque chose qui n'existe pas !

      Si vous cherchez un exemple de discussion complètement sans rapport, en voici tout un !

      PL

    • Michel Dion - Abonné 15 octobre 2013 18 h 34

      Je ne vois pas ce que viendraient faire ici vos symboles du multicuturalisme. Qu'un Québec indépendant reste cosmopolite et pluraliste, cela va de soi. Mais il sera impératif qu'il rejete ce concept politique aberrant qu'est le multiculturalisme. Le multiculturalisme n'est juste bon qu'à former des communautés, alors que l'esprit républicain et laïque crée une nation. Origines, langues, religions (modérées) ne sont pas un problème en soi, s'il y a un volonté d'un devenir commun. Quant aux traditions, elles sont figées et non créatives, c'est tout le contraire de la culture qui est évolutive. Le multiculturalisme n'est qu'une «juxtaposition d'autismes» (Jacques Attali) pour laquelle il serait inutile de créer un nouveau pays qui ne deviendrait rien d'autre qu'un gros centre commercial.