Lettre - Des figures historiques mal utilisées

« De grandes figures historiques comme Jeanne Mance, Marie Gérin-Lajoie, Marie-Claire Kirkland-Casgrain, Irma LeVasseur et Madeleine Parent ont marqué le combat pour les droits des femmes dans la société québécoise. Le travail de ces pionnières a contribué à inscrire l’égalité entre les femmes et les hommes au coeur de nos valeurs collectives. »

 

Ceci est exact et les Québécoises ont envers ces femmes une grande dette de gratitude. Mais nous sommes surprises de trouver cette constatation dans l’énoncé de la Charte des valeurs québécoises, sous la section « Affirmer les valeurs québécoises. Hommes ou femmes tous égaux ».

 

Peut-on utiliser le nom de ces femmes pour promouvoir un projet duquel certaines se dissocieraient sûrement ? Il est difficile de faire parler les personnes disparues, mais nous avons très bien connu Madeleine Parent, nous avons discuté des questions d’intégration et de laïcité avec elle à plusieurs reprises, et nous pouvons affirmer qu’elle s’opposerait à la Charte des valeurs.

 

La syndicaliste féministe Madeleine Parent a milité toute sa vie pour améliorer la condition des travailleuses, des immigrantes en particulier. Elle n’aurait pu accepter qu’on brime le droit au travail de certaines travailleuses. Elle qui a été persécutée par le clergé et par Maurice Duplessis - celui qui a fait installer le crucifix dans le Salon bleu - était pour un État laïque, pour une véritable séparation de l’Église et de l’État.

 

Il est regrettable que, pour cautionner son projet, le gouvernement se serve du nom de personnes qui ne sont plus ici pour défendre leurs positions.


Andrée Lévesque et Donna Mergler, Le 18 septembre 2013

4 commentaires
  • andre trudel - Inscrit 19 septembre 2013 09 h 03

    Profanation des scépultures

    Le PQ se fait ventriloque de ces femmes disparues.

    En effet, il est singulier de voir que le PQ ait pu obtenir, outre tombe, le consentement de ces grandes femmes, pour légitimer une charte des valeurs québécoises. Le plus étonnant, les mêmes arguments utilisés jadis pour interdire le droit de vote des femmes au Québec sont maintenant utilisés pour défendre la charte, incluant le très honorable Henri Bourassa, fondateur du Devoir :

    « On invoque l’argument de similitude avec les autres provinces, comme si pour certains le progrès consiste à singer ce que font les autres. Québec a ses traditions, ses coutumes et elles sont sa force et sa grandeur. Advenant l’adoption de ce bill, la femme ressemblerait à un astre sorti de son orbite. » (L.-A. Giroux, conseiller législatif (Wellington), extrait des débats du 25 avril 1940 à l’Assemblée législative.)

    « …les Canadiennes françaises risquent de devenir des « femmes publiques », « de véritables femmes-hommes, des hybrides qui détruiraient la femme-mère et la femme-femme ». (Henri Bourassa, fondateur du quotidien Le Devoir, (source : Cap-aux-Diamants, no 21, printemps 1990, p. 20).

    Le nouveau programme d’enseignement de l’histoire de notre gouvernement fera t’il mention de la lutte de mesdames Casgrain et Parent contre le désir de maintient de la femme dans l’orbite de la dominance masculine, une tradition québécoise à conserver dans les années 1940 ?

  • Gilles Delisle - Abonné 19 septembre 2013 09 h 24

    ......" qu'on brime le droit de certaines travailleuses"

    Voyez-vous mesdames, c'est qu.il n'est nullement question de brimer le droit de certaines travailleuses, dans cette Chartre!

  • Murielle Villeneuve - Abonné 19 septembre 2013 10 h 30

    Laïcité n'égale pas égalité

    Merci pour cette mise au point. L'historienne Micheline Dumont a montré que chaque jalon franchi vers la laïcité ne s'accompagne pas nécessairement de progrès contre la discrimination des femmes.Voir notamment http://desfalaises.areq.ca/Conférence%2

    Faut-il rappeler par exemple que malgré la reconnaissance formelle de la laïcité de l'État au tournant du 20e siècle, les Françaises n'ont obtenu le droit de vote qu'en 1944?
    On trouvera dans ce même document des exemples intéressants puisés dans l'histoire du Québec. Il ne s'agit pas d'affirmer que la laïcité de l'État n'est pas souhaitable mais, comme le rappelle Madame Dumont, elle n'est pas une garantie de l'égalité hommes-femmes. Et surtout que la religion n'est qu'un des nombreux facteurs qui maintiennent la discrimination des femmes, ce que ce débat semble nous faire oublier.

    J'ai trouvé moi aussi choquant ce passage - ce n'est pas le seul - qui figure dans l'énoncé du projet de Charte. Si l'égalité des femmes est "inscrite au coeur de nos valeurs collectives", je suppose que l'on ajustera bientôt le salaire des infirmières et des travailleuses des CPE (ou de toute autre forme de service de garde) en fonction de métiers masculins comparables? Que l'on hissera immédiatement au rang des priorités la lutte contre la pauvreté et contre la violence faite aux femmes?

    Murielle Villeneuve

  • - Inscrit 19 septembre 2013 13 h 08

    On ne peut présumer...

    ... ce qu'auraient dit les mortes.

    La citation que vous donnez ne présume aucunement de ce que les personnes en question auraient pensé du présent projet de charte. Il n'y a qu'une affirmation générale qui me semble juste aux regards de l'histoire.

    On ne peut faire parler les morts sauf s'ils l'on dit de leur vivant. Quand on est historienne, on s'en tient aux textes ... humblement

    Alors mesdames, vous faites ce que vous reprochez induement aux autres !