Lettre - Un crucifix maladroitement crucifié

Dans son éditorial du samedi du 31 août intitulé « Ce crucifix », M. Descôteaux prétend qu’on doit retirer le crucifix de l’Assemblée nationale en invoquant la seule et unique raison suivante : il y aurait selon lui une contradiction flagrante dans le fait que nos députés interdisent le port du voile islamique dans la fonction publique alors qu’ils maintiennent le crucifix à l’Assemblée nationale. Or il n’y a là aucune contradiction.

 

Le voile islamique est un signe religieux : il signifie une appartenance religieuse et le fait que cette appartenance devrait guider la conduite de la personne qui le porte. Personne ne perçoit pareille chose dans le crucifix à l’Assemblée nationale. Il s’agit d’un symbole du patrimoine québécois d’ordre culturel, historique et identitaire. Personne ne peut raisonnablement penser que ce crucifix signifie que nos députés prennent leurs décisions sous l’influence du catholicisme, pas même en fonction de ses valeurs humanistes et universelles.

 

Il est donc difficile de croire qu’une personne avisée puisse penser qu’il faille retirer le crucifix parce qu’il ignore une différence aussi évidente. Il est plus vraisemblable de croire que la position favorable au retrait du crucifix est motivée par des prémisses qui ne sont pas exprimées.

 

Ces prémisses peuvent être hautement émotives telle la culture du ressentiment antireligieux. Ou d’apparence plus rationnelle, telle la conception laïciste prônant l’abolition de tout signe religieux dans l’espace public.

 

C’est là la position clairement exprimée le même jour dans trois lettres, dont celle de Michel Lebel, qui affirme rien de moins : « Par sécularisation, j’entends l’absence de toute référence à Dieu et à toute transcendance. » La positon laïciste voire athée peut faire l’objet de discussions. Mais on n’aide pas le débat sur la laïcité en la taisant pour faire plutôt valoir de vains prétextes.


Gérard Lévesque - Lévis, le 2 septembre 2013

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