Lettre - Je dis non

Au cours des dernières semaines, je me trouvais dans le village natal de ma mère, au Liban du Sud, et chaque soir, la même question revenait : « Pourquoi avoir choisi le Québec ? Pourquoi ne pas revenir vous installer ici ? » La liberté, sous toutes ses formes, figurait au haut de mes réponses. Je leur expliquais que notre province donnait à chaque individu des droits et des libertés fondamentaux, peu importe son sexe, son origine ethnique, sa religion ou son orientation sexuelle. Malheureusement, depuis quelques jours, je ne m’y retrouve plus ; le gouvernement Marois cherche à interdire tout signe religieux, autant la kippa que le voile et le kirpan. Je ne peux que m’offusquer devant un tel projet ; un voile n’a jamais empêché une enseignante de bien donner son cours, pas plus qu’une kippa rend difficile l’intégration d’un juif dans la société québécoise. Il faut également s’attarder à la plus grande image ; ce projet est une atteinte directe à notre liberté, et à l’essence même de notre province. Sans cette liberté d’expression et cette liberté de culte, le Québec est-il réellement le même ? La question se pose. Et ces signes religieux portent-ils atteinte au bon fonctionnement de notre société ?

 

Mes parents ont choisi de s’installer au Québec parce qu’ils y ont trouvé un accueil chaleureux, peu importe leur confession ou leurs choix de vie. Ma mère est arrivée ici avec son voile ; elle a su s’intégrer et se faire aimer pour sa personne. Va-t-on lui demander de retirer son hidjab vingt ans plus tard, au risque de perdre son poste dans la fonction publique ? De plus, j’en entends beaucoup qui dénoncent l’obligation de porter le voile dans certains pays, je les entends dire que c’est une atteinte aux droits de la personne. Je suis d’accord, mais depuis quand obliger une femme à enlever son voile n’est-il pas également une violation de ses droits ? Pour toutes ces raisons et bien davantage, je dis non à ce projet.


Rima Demanins - Le 28 août 2013

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