Lettre - Québec solidaire et le voile

La semaine dernière, Mme Françoise David, au nom de Québec solidaire, réagissait aux grandes lignes fuitées de la future Charte des valeurs québécoises, en soutenant que bannir le voile dans le service public québécois allait nuire à l’intégration des femmes musulmanes sur le marché du travail. En somme, selon elle, des femmes démissionneraient de leur poste actuel ou encore refuseraient d’accepter un emploi dans le secteur public pour pouvoir garder leur voile au travail.

 

Ce raisonnement est purement théorique et on doit exiger de Mme David des preuves tangibles de ce qu’elle avance : a-t-on de la documentation étoffée à cet égard ? Est-ce purement une intuition tirée de l’air ambiant ? Y a-t-il des études documentées qui vont dans le sens de ces craintes hypothétiques ? Je n’en connais pas.

 

En revanche, l’exemple français va dans le sens contraire. En 2003, le gouvernement français créait la commission Stasi pour évaluer l’application de la neutralité de l’État au secteur scolaire, étudiants et enseignants. Cette commission gouvernementale avait donc un mandat semblable à celui de la commission Bouchard-Taylor mais avec une démarche et des conclusions autrement mieux charpentées. Durant les audiences de la commission, cette même crainte fut formulée par des organisations musulmanes. « Cela susciterait un chaos terrible et des milliers de femmes musulmanes quitteraient leurs emplois. »

 

Le gouvernement français a quand même banni les signes ostensibles de religion dans le secteur public scolaire. Par la suite, on a constaté que la quasi-totalité des femmes voilées enseignantes ont simplement enlevé leur voile et qu’une poignée seulement d’entre elles ont quitté le secteur public. Il est important de distinguer entre la peur d’avoir peur et la réalité des faits.

 

Venant de Mme David, la chose est triste : le voile était et demeure le signe le plus ostensible de la sujétion des femmes en milieu musulman.


Michel Lemieux - Québec, le 26 août 2013

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11 commentaires
  • Michel Seymour - Abonné 28 août 2013 07 h 41

    Profilage ethnique

    Voilà le grand argument des laïcistes intgristes: «le voile était et demeure le signe le plus ostensible de la sujétion des femmes en milieu musulman». Des rapports de domination existent dans la vie de plusieurs couples québécois entre les hommes et les femmes, mais ceux-ci ne sont pas visés par la charte. Avec la charte péquiste, on cible les rapports de domination présumés entre hommes et femmes musulmans.

    • Paul Gagnon - Inscrit 28 août 2013 09 h 21

      Vous devriez être précis en ce qui concerne « des rapports de domination [qui] existent dans la vie de plusieurs couples québécois entre les hommes et les femmes » afin de suggérer au gouvernement de les inclure dans la Charte… Il me semble que ce serait un apport plus positif que de prétendre que « les rapports de domination entre hommes et femmes musulmans » ne seraient que « présumés », alors que plus personne n’ignore qu’ils n’ont absolument rien de présumés.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 28 août 2013 10 h 24

      L'autre jour j'ai vu une femme médecin portant un hidjab à l'hôpital. Elle est médecin, bonyenne. Pas exactement la position la plus basse dans l'échelle sociale. Pourtant vous, M. Gagnon, vous l'infantilisez et en fabriquez une victime passive incapable même de se rendre compte du fait qu'elle soit une victime. Ensuite vous vous servez de cette construction de votre esprit pour vous dire qu'il est de notre devoir de la sauver.

    • Luc Archambault - Abonné 28 août 2013 21 h 36

      Non pas ! Il est question de s'en prendre à l'affiche prosélyte du rapport de domination. Si les femmes battues étaient tenues par leurs abuseurs de porter une casquette, croyez-vous qu'on tolèrerait ce port dans l'espace public ? Certainement pas... bien sûr qu'ils ne le feront pas les abuseurs, ce serait se dénoncer publiquement... Pourquoi donc faudrait-il admettre le port de ce symbole de soumission qui n'est pas obligé par la religion musulmane, seulement par les sectes islamistes.

      Il est de notre devoir de prohiber le port de ce symbole de soumission à une culture sexiste patriarcaliste, que des femmes structurées, voire libres, instruites, docteure en médecine le porte, ne change rien au fait qu'il est question de soumission des femmes, elle leur fait porter le poids de la régulation du désir mâle soi-disant irrépressible.

    • Yann Ménard - Inscrit 29 août 2013 11 h 22

      La laïcité n'a qu'en partie à voir avec la question de l'égalité des sexes. Sa raison d'être première est de promouvoir une unité civique fondée sur une neutralité identitaire. Le voile peut, et est normalement, associé aux organisations sociales fortement patriarcales, c'est indéniable et on peut légitimement s'en soucier. Mais la laïcité à la républicaine n'est que peu concernée par cela. Elle se soucie plutôt de mitiger (et non pas supprimer!) les identités communautaires différentielles qui, l'histoire et la géopolitiques nous le rappellent cruellement, peuvent conduire à la dislocation du tissu national et aux conflits intercommunautaires.

      Socialement parlant, un symbole comme le voile constitue avant tout un uniforme communautariste. Que la personne qui le porte soit émancipée ou soumise est une question individuelle. Socialement, il demeure qu'elle s'affiche avant tout comme appartenant à une communauté qui réclame de pouvoir se construire selon des normes sociales et morales distinctes. La laïcité tente de mitiger ce phénomène, tout en respectant la liberté de conscience individuelle. Une musulmane qui veut, par exemple, travailler dans la fonction publique demeurera tout à fait libre de remettre son voile en quittant le bureau. Et personne ne lui demande de renier sa religion, comme tous les détracteurs de la charte à venir (dont le contenu demeure inconnu par ailleurs...) semblent s'entendre à entretenir ce genre de confusion.

  • Benoit Genest - Inscrit 28 août 2013 08 h 18

    Quel argument débile servi par Françoise David. Vous avez raison de lui exiger des comptes et de la mettre sur la sellette. D'ailleurs, s'il y a bien une qualité que nous pouvons souligner du PQ, c'est sa capacité à forcer les partis politiques à prendre position dans des dossiers sensibles (on se souviendra de François Legault photographié devant l'unifolié canadien, lui qui courtisait le vote anglophone).

    Avec son projet de Charte de la laïcité, le PQ fait ressortir les tendances multiculturalistes de QS et, pour ma part, ma sympathie à l'égard de ce parti s'érode de plus en plus.

  • Élaine Audet - Abonnée 28 août 2013 11 h 24

    Sur le même sujet

    "Lettre au Ministre Bernard Drainville - Le hidjab a quelque chose à voir avec l'inégalité hommes-femmes":
    http://sisyphe.org/spip.php?article4465

    Micheline Carrier et Élaine Audet

  • Guy Berniquez - Inscrit 28 août 2013 11 h 25

    Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas que l'on...

    Cette éthique de réciprocité s'applique bien à vous M. Lemieux. Avec votre phrase : « le voile était et demeure le signe le plus ostensible de la sujétion des femmes en milieu musulman. », est sans fondement comme le propos de Mme David.

  • Martin Guralnik - Inscrit 28 août 2013 11 h 31

    Comment faire une critique tout en se plantant soi-même

    Monsieur Lemieux,

    Si je peux reconnaitre que les déclarations de Françoise David étaient générales et ne faisaient pas état d'une quantité de femmes qui quitteraient la fonction publique en vertu de la charte de valeurs péquistes, je trouve que votre argumentaire laisse à désirer.

    D'une part, je trouve un peu contradictoire de demander à une personne de fournir des preuves pour appuyer ses affirmations tout en présumant de sa mauvaise foi en l'accusant de faire un appel à la peur. Votre rhétorique présuppose sa réponse, ce qui invalide que vous demandiez des preuves en premier lieu.

    D'une autre, si vous reprochez à Mme David de faire un appel à la peur, je trouve que l'euphémisme de parler d'une "poignée" de femmes quittant la fonction publique possède le même caractère trompeur d'un appel à la peur. Je vous lance alors votre propre défi : pouvez-vous quantifier cette "poignée"? Combien de femmes ont quitté la fonction publique française suite à l'interdiction du hidjab?

    Enfin, pour quelqu'un qui essaie de démontrer le tort des propos de Mme David, je trouve que vous lui donnez vous-même raison en admettant que même dans la fonction publique française, des musulmanes ont quitté leurs emplois suite à l'interdiction du hidjab. Pouvez-vous faire état d'un quelconque avantage concret et mesurable qu'a gagné la fonction publique française en interdisant le hidjab chez ses fonctionnaires?