Lettre - Un ballon qui ne mérite pas de décoller

Espérons que la fuite concernant la proposition de « Charte des valeurs québécoises » n’est qu’un ballon d’essai et que ce ballon ne décollera pas. Ce serait une attaque injustifiée contre les droits des minorités religieuses.

 

Je suis enseignant et donc un employé du secteur public, mais je ne représente pas l’État québécois. Je travaille pour lui, pour mes élèves et pour la société québécoise dans son ensemble.

 

Si j’ai des croyances religieuses et que je choisis de les rendre visibles, ça ne regarde pas mon patron, tant et aussi longtemps que ça n’affecte pas la qualité de mon travail.

 

Les 450 000 travailleuses et travailleurs du secteur public ont présentement le droit de porter des signes d’appartenance religieuse et, à ma connaissance, ça n’a causé aucun problème dans notre réseau de la santé, dans le monde de l’éducation ou ailleurs.

 

Si l’État exclut une personne d’un travail dans le secteur public en raison de sa religion, il cesse d’être neutre et donc va à l’encontre de la laïcité. Pour un État vraiment laïque, la religion des personnes ne devrait pas être un facteur justifiant soit des privilèges, soit de la discrimination.

 

Le droit de ne pas voir ou connaître la religion des autres n’existe pas. L’obligation qu’on veut imposer aux personnes religieuses de cacher leurs croyances serait le contraire de la laïcité.

 

La religion des autres ne me dérange pas. La religion de mes collègues, visible ou non, ne change rien à la nature laïque de notre école. Le gouvernement Marois semble vouloir créer une crise là où il n’y en a pas. Et ce sont surtout des femmes musulmanes qui en souffriraient. Ce serait une honte pour le Québec.


 
7 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 23 août 2013 08 h 15

    Enseignant ? Pas d'accord

    Si vous enseignez au niveau primaire ou secondaire, donc à des enfants ou adolescents dont le jugement n'est pas encore formé, en classe vous représentez bien plus que l'État, vous représentez l'AUTORITÉ "in loco parentis". A ce niveau, les élèves mettent sur le même pied vos expressions de valeurs et croyances personnelles et vos enseignements objectifs des maths ou de la grammaire. (Demandez-le aux parents qui se font harceler par leurs enfants parce qu'ils fument ou ne suivent pas le guide alimentaire canadien!). Donc arborer vos couleurs revient à de l'endoctrinement. Et vos élèves se verront tiraillés entre ce qui semble être les valeurs de l'école et celles de leurs parents, et pourront craindre que vous méprisiez leurs parents ou que vous les traitiez injustement.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 août 2013 10 h 51

      Étant moi-même enseignant, je suis d'accord avec vos propos M. Terreault. L'école doit être neutre.

    • france martinez - Inscrit 24 août 2013 00 h 44

      Vous avez une curieuse conception de l'éducation.
      Ainsi, l'enseignant de niveau secondaire au niveau primaire et secondaire, ou le parent, représente l'AUTORITÉ, est-ce à dire qu'il doit prétendre détenir la vérité? N'y a-til aucune place pour le dialogue et l'échange d'idées. Les enfants ont les leurs et ils se posent de nombreuses questions. Ce n'est pas en édulcorant la réalité, notamment en cachant la diversité d'opinions, que l'on favorise le développement du sens critique chez les enfants. Ils sont de toute manière exposés à la diversité culturelle. C'est en cotoyant différents points de vue qu'ils seront mieux outillés pour développer leur propre perception de cette réalité.

  • Joey Hardy - Inscrit 23 août 2013 08 h 43

    Petit détail

    Monsieur,

    Les hommes Sikh en souffrirons aussi, selon votre fil de pensée. Dans les années '70, les femmes musulmanes étaient plus libres qu'aujourd'hui. On peut trouver partout des photos qui nous rappellent qu'à l'époque, le voile était un choix.

    La vague d'intégrisme religieux (incluons-y celui des USA) qui déferle sur le monde doit être brisée.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 23 août 2013 09 h 38

      Et d'où vient-elle donc, cette vague d'intégrisme religieux, M. Hardy? Pensons à L'Iran, à l'Afghanistan, aux coupures dans les services sociaux que le FMI a imposé à plusieurs pays en voie de développement, créant un vide que les religieux ont pu remplir.

      Dans tous les cas, le doigt pointe vers l'Occident, qui a tout fait pour renverser ou étouffer les gouvernements socialistes ou nationalistes des pays en voie de développement au nom de la guerre froide ou par la suite au nom de la prospérité économique.

      Maintenant, en s'en prenant à certains citoyens (une femme portant le hidjab), on prétend combattre le mal que l'on a créé, sans pour autant nous attaquer aux causes: le colonialisme crasse auquel l'Occident a soumis le reste du monde, et l'ostracisation que subissent les non-occidentaux dans nos sociétés.

  • Martin Dufresne - Inscrit 24 août 2013 14 h 34

    Bien dit!

    Merci, Monsieur Renaud pour ce commentaire, qui va au coeur des droits et libertés en cause. Quand je pense aux divisions et aux coûts juridiques que susciterait une telle mesure, je désespère de l'ex-parti de Gérard Godin, qui était bien plus attentif aux réalités de l'ensemble des Québécois.e.s avec qui faire l'indépendance.

  • Lise Boivin - Abonnée 24 août 2013 23 h 18

    Le droit

    Le droit d'exclure les signes religieux des institutions d'État a été reconnu des dizaines de fois par la Cour européenne des Droits humains.
    L'État n'exclut personne du travail, il exclut les signes religieux. Travailler dans la fonction publique n'est pas un droit mais un privilège.
    Je peux tout de même vous concéder le droit à l'erreur, monsieur Renaud.