Lettre - Assassinats pour la liberté?

« Quatre membres d’al-Qaïda auraient été éliminés par un drone états-unien au Yémen. » Une telle nouvelle, trop souvent présente dans les journaux télévisés et autres, parvient à banaliser à souhait le meurtre de personnes humaines bousillées parce que soupçonnées de terrorisme et éliminées avant toute inculpation et sans autre forme de procès. Sans oublier que ces armes sophistiquées au possible ratent souvent leurs cibles immédiatement visées et tuent des innocents, « victimes non intentionnées », selon l’expression utilisée.

 

On a beau être en pleine saison de terrorisme, une telle façon d’opérer de la part d’une nation dite civilisée et démocratique demeure pour le moins discutable. Comment, en effet, justifier ces éliminations d’ennemis potentiels ? Au nom de la défense de la liberté, et pour éradiquer le terrorisme, a-t-on vraiment le droit d’utiliser les mêmes méthodes que celles de ceux qu’on combat ? À part quelques interventions d’organisations de droits de la personne, comme Amnistie, ce genre de questions n’est que trop rarement soulevé. Au contraire, l’élimination de personnes soupçonnées de terrorisme semble devenir une coutume banale, relayée dans une espèce de chronique de « chiens écrasés » de la scène internationale.

 

Ce qui m’apparaît particulièrement grave, c’est que de tels assassinats font partie d’une politique bien pensée, résumée dans le Washington Post de fin décembre 2012 : « Le gouvernement Obama a construit un vaste appareil ayant pour but l’exécution d’assassinats et comprenant des engins volants sans pilote [drones] opérés par la CIA et l’armée. Ce réseau de « machines à tuer » est géré dans le secret, derrière le dos du peuple américain et virtuellement en dehors de tout contrôle de la part du Congrès américain. »

 

Avec raison, de plus en plus de personnes s’opposent à la peine de mort imposée après la tenue d’un procès ayant démontré la culpabilité de la personne condamnée. Ne serait-il pas temps que des voix toujours plus nombreuses dénoncent, au nom de la défense de la liberté et de la vie, cet « appareil de mort » supposément créé pour défendre cette même liberté ?


Normand Breault - Le 7 août 2013

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