Lettre - Il était une fois l’Amérique

Étonnante Amérique : on y défend le droit fondamental à la vie en allant jusqu’à remettre en question le droit à l’avortement, certains États n’ont pas aboli la peine de mort, mais on tient mordicus à ne pas révoquer le droit constitutionnel de la possession et du port d’armes, accepté socialement non seulement à des fins récréatives, mais aussi en guise de légitime défense.

 

Se faire justice à soi-même en ciblant une personne quant à son comportement, à son allure, peut-être à sa race, sans pouvoir juger en toute circonstance qu’on ait affaire réellement à un criminel, un malfaiteur, à une menace sur sa vie. Voilà l’Amérique d’aujourd’hui, encore ancrée en partie au temps du Far West. La juge au procès Zimmerman refusait que l’on prononce en cour l’expression « profilage racial », seul le mot « profilage » était admis. Que l’on choisisse un terme ou l’autre, le drame demeure en dépit du verdict. Est-ce étonnant qu’un simple vigile de quartier ait fini par tuer ce qui semble être une innocente victime non armée quand un policier peut commettre une telle bévue parce qu’une personne jugée louche n’a pas obtempéré à ses ordres et semblait représenter une menace (cas Villanueva-SPVM) ?

 

Au tribunal américain, le doute raisonnable quant à la légitime défense a prévalu, non pas le « hors de tout doute » quant à la décision de l’accusé de tirer sur le « suspect ». Les jurés ont fondé leur unanime décision strictement sur les preuves présentées. Néanmoins, un vaste débat de société s’impose.


Carol Patch-Neveu - Montréal, le 15 juillet 2013

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