Lettre - Perspective comptable «les deux mains sur le volant»

La décision du gouvernement de modifier le règlement limitant la vente d’alcool dans les casinos, qui vient d’être approuvée, est justifiée uniquement par une préoccupation comptable et, qui plus est, obtuse. L’argument servi pour défendre cette décision en témoigne.


Ainsi, prétend-on, nous protégerons les gens vulnérables qui autrement iraient (y vont-ils déjà ?) jouer en Ontario ou ailleurs. De qui parle-t-on ? À combien estime-t-on cette population qui irait ailleurs ? Où sont les fondements de cet argument utilisé pour tenter de défendre cette décision ? Alors que l’expertise est là pour démontrer que l’absence de limite de vente d’alcool est un risque pour les plus vulnérables de notre société. Un gouvernement qui se veut responsable doit-il écouter ses seuls comptables ? Ne doit-il pas prêter l’oreille aux autres acteurs qui abordent la question de façon plus large, se préoccupant aussi des sorties de fonds évitables (en l’occurrence les coûts générés par les dépendances), ainsi que des déterminants qui participent à la création et au maintien des inégalités sociales de santé ?


Et ce même gouvernement ne devrait-il pas tenir compte des leçons pourtant chèrement apprises ? Nous savons maintenant que les rentrées de fonds provenant de la production de cigarettes sont nettement inférieures aux coûts générés par le tabagisme. Ce même exemple convainc que c’est l’expertise en santé des populations qui devrait prévaloir lorsqu’il est question de consommation d’alcool et de jeux, et non celle en finance.



Maria De Koninck, Professeure émérite, Département de médecine sociale et préventive, Université Laval

Louise Guyon, Chercheuse sur les dépendances

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