Lettre - La santé du bilinguisme

Décidément, le bilinguisme canadien va mal. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à lire la piteuse défense et illustration qu’en fait le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, dans Le Devoir du 29 juin. En réponse à une diatribe de Luc-Normand Tellier sur le « Québec bashing » au Canada anglais, M. Fraser invoque essentiellement que les chroniqueurs du National Post évoqués par M. Tellier ne représentent pas l’opinion du Canadien anglais, puis il ajoute que dans le ROC, les cours d’immersion ont toujours la cote. Enfin, un Ontarien francophile vient de fonder l’organisme Youth for French. On ne voit pas très bien quel rapport M. Fraser établit entre le « Québec bashing » et le bilinguisme individuel à Sarnia, mais de toute façon, ses exemples « positifs » font un peu court, pour suggérer comme il le fait, que le négatif passe hélas toujours mieux (que le positif) dans le discours public.


Mais au fait, y a-t-il tant de positif à rapporter ? Francophones, faut-il lire autre chose que le Post, le Globe et Macleans pour savoir ce qui se dit au Canada sur le Québec ? Vancouver et Halifax voient-ils tout autrement ? Faut-il regarder ailleurs qu’à CBC, CTV ou Global ? Vivement que M. Fraser dise où, lui, trouve ses chroniqueurs « positifs ». À moins qu’il ne faille pas se fier aux médias anglophones « négatifs » comme les nôtres, et plutôt se parler sans intermédiaires, de citoyen canadien à citoyen québécois, par exemple entre parents lors d’un tournoi pee-wee interprovincial ?


Sérieusement, le commissaire aux langues officielles a une tâche problématique : imaginer un cadre d’évaluation du bilinguisme qui permette de voir le verre toujours à moitié plein. Il doit souvent ramer très fort pour y arriver. On peut sympathiser avec l’homme et son défi, mais il nous excusera de ne pas prendre des vessies pour des lanternes. Ses indices de la santé du bilinguisme (qu’il identifie à la bonne entente nationale) convaincraient peut-être des Vancouvérois distraits, mais au Québec, à Montréal surtout, ils frôlent l’insolence.

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2 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 4 juillet 2013 00 h 36

    Le payer en fonction de ses résultats.

    Je n'en ai que faire des rapports du Commissaire. D'une année à l'autre on ne constate qu'une seule chose: la diminution des francophones hors-Québec. Et ce Commissaire nous trouve toujours, au fin fond du tiroir de ses statistiques, une donnée encourageante.

    Payons-le aux résultats qu'il obtient!

    Si la francophonie décline, qu'il soit moins payé. Autrement, sa paye est un encouragement à la disparition des francophones. On lui donne encore combien de temps avant qu'il ne s'inscrive aux prestations sociales du gouvernement?

  • Jean Richard - Abonné 4 juillet 2013 13 h 08

    Arrogance, dénigrement et sinon, ignorance volontaire

    Ainsi donc, la fondation d'une société à but non lucratif pour vendre des voyages à des jeunes voulant apprendre le français serait un signal non équivoque d'une tendance à l'ouverture du Canada vers le français ? On aimerait bien y croire sauf que...

    Il y a au Canada bon nombre d'association à but non lucratif, dans le domaine du sport amateur entre autres, qui, selon leur statut, représentent les sportifs de diverses disciplines d'un bout à l'autre du Canada. Dans bien des cas, ces associations sont les portes-paroles des clubs auprès des autorités.

    Un exemple parmi tant d'autres : ces jours-ci se tiennent à l'est d'Ottawa (la capitale fédérale censée donner l'exemple en matière de bilinguisme), les compétitions du championnat canadien de vol à voile, sous la direction de la Soaring Association of Canada. Bien que nombre de participants soient francophones, bien que l'événement se passe dans une des régions les plus francophones de l'Ontario, bien que la Soaring Association of Canada se soit engagée à être bilingue lorsqu'à l'époque Trudeau, elle a négocié certains avantages fiscaux pour ses membres, le français y est depuis totalement ignoré.

    http://www.gatineauglidingclub.ca/nationals/index_

    Si monsieur Fraser prétend que l'osbl Youth for French est représentative d'une vague de fond canadienne envers la reconnaissance du français, on peut lui rétorquer que d'autres osbl pancanadiennes vont totalement dans le sens contraire et que tout porte à croire qu'elles pourraient être, par leur nombre, plus représentatives que Youth for French.

    Que l'arrogance et l'esprit de dénigrement ne soient pas le lot d'une majorité de Canadians, peut-être. Mais dans le cas de l'ignorance, il faudrait voir. Monsieur Fraser a choisi de ne pas le voir.