Lettre - Le registre des armes d’épaule, prise 2

Rien n’est plus récalcitrant sous le fouet que la dépouille d’un cheval mort ! Mais en politique, il est parfois opportun de se plier à l’exercice. Le gouvernement du Québec s’adressera donc à la « tour de Pise » d’Ottawa, afin de faire valider ses prétentions aux données du défunt registre canadien des armes d’épaule, quand bien même celles-ci seraient en bonne partie obsolètes. En l’occurrence, risquer de se faire dire non n’est pas nécessairement une preuve de masochisme. Mais après ?


Si ce registre est essentiel, pourquoi ne pas l’édifier en toute autonomie à même les impôts des Québécois ? Parce que les coûts en seraient trop élevés ? Dépenser pour sauver une vie humaine est peu de chose quand, par exemple, on n’hésite pas à investir 400 ou 500 millions pour fournir un amphithéâtre à PKP dans la Vieille Capitale ! Sauver des vies, grâce à un registre des armes de chasse, n’a-t-il pas de prix, si on y croit sincèrement ? Certes, la sincérité a ses limites.


Heureusement d’ailleurs, car il n’existe aucune preuve que le registre des armes d’épaule est plus utile qu’un placébo politique. Aussi, après décision ultime et prévisible de la Cour suprême, si elle veut bien entendre la cause, il conviendra de se consacrer aux choses sérieuses, à savoir l’administration plus rigoureuse de l’autre registre que le Québec administre déjà, celui des permis d’acquisition et de possession des armes à feu.


Ces permis doivent être renouvelés tous les cinq ans. La procédure comporte un questionnaire détaillé afin d’établir l’aptitude du postulant à posséder ou à manier une arme à feu. Ses proches doivent aussi témoigner de cette aptitude et ils peuvent intervenir auprès du contrôleur québécois des permis s’ils entretiennent des doutes sur l’état d’esprit de son détenteur.


Mieux contrôler cette procédure et la rendre aussi étanche que possible : voilà un objectif où l’exception québécoise peut trouver, en toute souveraineté, un vaste champ d’application.

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