Lettre - Programme Arts et lettres

Cher Jean Larose, de tout coeur, nous entérinons votre parole et vos propos publiés sous le titre «Disparition du programme Arts et lettres - La liquidation de l’héritage culturel» dans l’édition du 15 juin 2013 du quotidien Le Devoir.


L’abrasion d’une culture multiséculaire, la promotion du court terme, le culte de l’instant, la destitution de la pensée, l’émasculation de tout réel pouvoir critique, la séduction nourrie par le clignotement sponsorisé au service du néolibéralisme, voici la convocation proposée sous l’égide d’un programme Culture et communication.


Au sein des pleins pouvoirs accordés et consentis à ce tentaculaire néolibéralisme, l’atteinte la plus pernicieuse est celle d’une altération qui vise le démantèlement de la capacité symbolique. Ne plus appeler une chose par son nom…


Qu’est-ce que la culture sans antécédents et sans transmission ? Qu’est-ce que proférer des paroles, sans enracinement dans le terroir des humanités grecques et latines ? Qu’est-ce qu’être humain si l’on baigne dans la conviction du règne totalitaire des marqueurs biologiques et de la promotion de caricatures de l’amour véritable ? Qu’est-ce qu’être citoyen quand les miroitements de petits ego tous moulés dans la conformité jouissive suscitent l’adhésion sans coup férir Qu’est-ce qu’être habitant d’une planète quand la quête du profit, le consumérisme, l’asservissement d’hommes et de femmes à des diktats de pouvoir absolu règnent et que la destruction de l’écosystème de la Terre prolifère ?


Tous ces aveuglements insensés qui tissent des consensus quasi unanimes, le tout lénifié par notre satisfaction repue et béate… À tout cela nous ne pouvons consentir… la tâche est herculéenne et à certains moments, l’acuité d’une lame tranchante nous traverse, celle d’une lucidité qui refuse l’abdication… et cela fait très mal !



Louise Tassé, Jean-Émile Verdier et Monique Lévesque - Fondateurs de TAMBOUR, Le 19 juin 2013

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