Lettre - Pas trop vite, le privé!

Éradiquer l’extrême pauvreté d’ici l’an 2030 est devenu l’objectif de la Banque mondiale. Bravo. Mais son président, Jim Yong Kim, mise beaucoup sur le secteur privé, y compris les entreprises spécialisées dans l’extraction des ressources naturelles.


Selon lui, ces entreprises pourront « faire le bien, mais de gros profits aussi », car les pauvres veulent d’abord un emploi.


Quelques questions. Parmi les 1,3 milliard de personnes vivant dans la pauvreté extrême, combien pourront réellement avoir un emploi décent ? Comment évitera-t-on que les travailleuses du vêtement périssent dans l’incendie ou l’effondrement de leur usine délabrée comme au Bangladesh ? Comment contrôlera-t-on les maladies pulmonaires chez les travailleurs miniers sachant qu’en Afrique du Sud, le tiers des cas de tuberculose sont liés au secteur minier ? Comment faire pour qu’une juste part de la richesse tirée de l’extraction des ressources profite à l’ensemble des populations sachant qu’au Nigeria, malgré l’exploitation du pétrole depuis 50 ans, la plupart des gens y vivent encore avec moins de 1,25 $ par jour ?


Oui, le secteur privé peut créer des emplois. Et plusieurs pays ont vaincu la pauvreté extrême. Mais, comme l’expliquait le statisticien Hans Rosling au Nordic Business Forum en 2012, pour vaincre la pauvreté, il faut simultanément des écoles, un système de santé, des infrastructures (routes, égouts), l’accès à l’information et à la communication, du crédit, le respect des droits de la personne, un marché… et des emplois.


J’espère que le ministre canadien des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement, M. John Baird, tiendra compte de cette nécessaire complémentarité.