Lettre - Le rempart économique

Monsieur Sansfaçon,


Dans un éditorial intitulé Une réflexion nécessaire, vous affirmez : « Si les sociétés ne veulent pas faire l’objet d’achats hostiles, elles n’ont qu’à être plus efficaces et rentables ou à se retirer de la Bourse pour trouver leur capital ailleurs. » Vous avez raison, puisque le Québec s’est économiquement développé grâce non seulement à son économie capitaliste, mais plutôt grâce à son économie pluraliste. Je ne sais pas si le mandat du comité chargé de cette réflexion sur le déménagement des sièges sociaux est limité à imaginer des solutions à cette fragilité de la propriété de ces entreprises, mais il m’apparaît utile de rappeler que le Québec compte sur des entreprises qui sont des « noyaux durs », à l’abri des OPA. Elles sont nombreuses et importantes dans l’économie du Québec.


Au Québec, rares sont ceux qui s’inquiètent du déménagement à l’étranger du siège social de l’Hydro-Québec ou de la Caisse de dépôt ou de placement, ou encore du Mouvement Desjardins et des grandes coopératives agricoles et des milliers de coopératives et autres entreprises de l’économie sociale créatrices d’emplois et dont la propriété québécoise est assurée. Certes, on connaît bien ces entreprises qui sont des « associations de capitaux », soumises aux forces du capital. Mais il ne faut pas oublier « ces associations de personnes », ces entreprises de l’économie solidaire puisque, comme le titrait Le Devoir la semaine dernière : « Les coopératives ont mieux fait que les banques » non seulement au Québec, mais dans le monde. Et, en sous-titre, puisque c’est le cas dans les coopératives de consommation et coopératives de travail : « Servir des sociétaires plutôt que des actionnaires rend plus prudent. »


Quand il le fallait, le Québec a su jusqu’à aujourd’hui protéger ses acquis. Ce rempart économique fort et solide, comme le disait Alphonse Desjardins, est de plus en plus nécessaire et souhaitable.

À voir en vidéo