Lettre - L’Université Laval et (l’oubli de) ses 350 ans d’histoire

En ces temps où la question de l’enseignement de l’histoire soulève débats et passions, comment interpréter le fait que l’Université Laval ne commémore pas publiquement ses 350 ans ? Son site Web reste désespérément muet au sujet de cet anniversaire historique. (Pendant ce temps, on apprend que leur Département d’histoire est occupé à devenir celui des « sciences historiques »…) 
 
C’est en 1663 que le Séminaire de Québec, première désignation de l’institution, voyait le jour. Le rappel n’en vaut-il pas la chandelle ? Harvard ne se gêne pas pour afficher 1636 comme date de fondation. Ces deux institutions pionnières d’Amérique du Nord ont d’abord existé pour former le clergé, avant de devenir des universités en bonne et due forme plus tard dans leur histoire. Si l’Université Harvard revendique sans gêne l’origine cléricale du Harvard College, quel est donc le problème de Laval ? C’est d’autant plus étrange que l’université porte le nom même du créateur du Séminaire de Québec, Mgr François de Laval. Rappelons en outre que l’UdeM a d’abord été une succursale de l’Université Laval à Montréal. Nos deux plus grandes universités trouvent ainsi leur origine en 1663.
 
On pourrait penser que les difficultés actuelles du monde universitaire québécois exigent précisément de prendre du recul. L’histoire nous offre une belle perspective qui nous permet de respirer par le nez. Cette année devrait aussi en être une de fête : les 350 ans de l’Université Laval sont un grand anniversaire. Doit-on voir dans cet oubli institutionnel un symptôme de déni de soi ou d’une grande « fatigue culturelle » des Québécois ?
13 commentaires
  • Philippe Dubé - Abonné 24 mai 2013 06 h 04

    merci pour le rappel

    Actuellement, cette institution universitaire est centrée sur son présent, aux affaires qui courent et celles qui font courir les gens d'affaires. Triste constat...

  • Dominic Lafrenière - Inscrit 24 mai 2013 06 h 31

    En 2002 l'Université Laval fêtait ses 150 ans...

    Le Séminaire est une communauté de prêtres diocésains. Bien que des prêtres et des séminaristes habitent le Séminaire, la tâche de former le clergé reviens au Grand Séminaire, qui lui aussi fête ses 350 ans cette année. Le Petit Séminaire tant qu'à lui, servait à héberger les étudiants du Collège des Jésuites. Ce n'est qu'en 1759 qu'on commença à donner des cours au Petit Séminaire, suite à la fermeture du Collège.

    Le Séminaire n'a jamais été une institution d'enseignement supérieure. Voilà pourquoi une charte a été adopté en 1852 pour constituer l'Université Laval. C'est pour cela qu'en 2002 l'Université Laval fêtait ses 150 ans d'existence.

    Donc, bien qu'il est vrai de dire que le Séminaire de Québec est à l'origine de l'Université Laval, il est faux de dire que cette université à 350 ans cette année.

    • Philippe Dubé - Abonné 24 mai 2013 07 h 04

      Vous avez raison du point de vue strictement historique, on ne doit pas tout confondre. En effet, la charte de l'Université Laval est entérinée à Londres par la jeune reine Victoria en 1852. Par contre, l'oeuvre d'éducation supérieure de Mgr François de Montmorency Laval commence en 1663 avec la fondation du Séminaire de Québec qui, toutes proportions gardées, est un lieu d'enseignement supérieur comme l'université l'est aujourd'hui. Il s'agit de souligner l'anniversaire de fondation de cette grande oeuvre d'éducation dont l'UL est un des fruits. La pomme ou l'arbre de la pomme?...

    • Dominic Lafrenière - Inscrit 24 mai 2013 11 h 46

      M. Dubé, le 350e du Séminaire est souligné, et plusieurs activités seront présentés cet été, comme on peut voir le site: http://www.350eseminairedequebec.com/

      Et l'Université Laval participe au 350e du Séminaire en organisant des colloques, conférences, congrès, etc.

  • Michel Beaumont - Inscrit 24 mai 2013 06 h 51

    VOUS AVEZ RAISON À 100%

    Votre texte coule de source. L'Université Laval, mon alma mater, a volontairement passé à côté de ces commémorations historiques et importantes. Enfin, je crois !

    Mon opinion a comme dénominateur commun, le manque d'argent dans une période où le climat est fragile avec les étudiants et les frais de scolarité. De plus, le recteur, M. Brière, ne cesse de réclamer plus d'argent. Tout comme ses sonfrères des autres universités. Cela aurait peut-être été mal vu de fêter dans une période où tout doit passer par la cure minceur.

    Mais bon, si le Petit Séminaire de Québec, ce bijou du Vieux-Québec et du quartier latin, fêtera avec faste son 350è, toutes les mêmes raisons sont également bonnes pour l'Université Laval.

    • Dominic Lafrenière - Inscrit 24 mai 2013 11 h 33

      Le Petit Séminaire de Québec, maintenant appelé Collège François-de-Laval, fêtera son 350e en 2018. Il n'a pas été fondé en même temps que le Séminaire et le Grand Séminaire.

  • Gendreau-Hétu Jean-Pierre - Inscrit 24 mai 2013 07 h 21

    Pourquoi se contenter de 150 ans quand on en a aussi 350?

    L'exemple de Harvard n'était pas là pour rien : il s'agissait AUSSI d'un type de séminaire à ses débuts. Sauf que Harvard revendique haut et fort son histoire, et ne s'embarrasse pas de détails. Pour se convaincre de la continuité historique entre le Séminaire de Québec et l'Université Laval, on n'a qu'à lire les deux extraits suivants. Pourquoi donc bouder le plaisir de dire qu'on a AUSSI 350 ans?

    Site web de l'Université Laval : Origine et histoire : L'Université Laval a été la toute première université francophone à voir le jour en Amérique. En 1663, le premier évêque de la colonie, Mgr François de Montmorency-Laval, fonde à Québec le premier établissement d'enseignement de la Nouvelle-France: le Séminaire de Québec.

    Wikipedia : L’Université Laval est l'une des plus grandes universités au Canada. Elle a comme origine le Séminaire de Québec, fondé en 1663 et constitue ainsi le plus ancien établissement d’enseignement supérieur du Canada, le quatrième en Amérique du Nord, après l’Université autonome de Saint-Domingue, l’Université nationale autonome du Mexique et l’Université Harvard, donc le plus ancien établissement d’enseignement francophone d’Amérique. "

    • Dominic Lafrenière - Inscrit 24 mai 2013 11 h 53

      Le Harvard College est devenu une université, c'est la même entité qui a changé de nom, alors que le Séminaire a fondé une université, une entité différente. Le séminaire existe toujours, c'est une communauté de prêtres, comme à l'origine.

      L'Université Laval participle aux fêtes du 350e du Séminaire en organisant des colloques, conférences, congrès, etc.

    • Gendreau-Hétu Jean-Pierre - Inscrit 24 mai 2013 14 h 40

      Suivant cette logique, il ne fallait pas fêter les 400 ans de la ville de Québec en 2008, puisque la ville n'a reçu sa charte municipale qu'en... 1833. Peut-on fêter la naissance plutôt que le baptême? L'Université d'Ottawa n'attend pas sa charte universitaire de 1881 pour célébrer la naissance du Collège de Bytown en 1848, seule date commémorée. Est-on incapable à Laval de voir le tapis, pas les fleurs? La forêt, pas les arbres? 150 ans, c'était bien ; mais 350 ans, c'est tellement mieux! On se plaint de l'ignorance historique des plus jeunes : comment justifier qu'on n'affiche pas en première du site web un tel anniversaire? Le 350e aurait dû marquer toute l'année 2013, des célébrations qui auraient par ailleurs pu être menées conjointement par l'Université Laval et le Séminaire de Québec pour leur 350e commun. Mais à vouloir couper les cheveux en quatre, on en perd la force du message - même s'il faut nécessairement abandonner des nuances au passage. En 2017, bien des petits Canadiens apprendront que le Canada est un jeune pays de 150 ans qui n'existait pas avant 1867. C'est une façon technicienne de voir l'histoire qui n'est pas la mienne.

    • Dominic Lafrenière - Inscrit 24 mai 2013 17 h 49

      Comme le Harvard College est devenu l'Université Harvard, le College of Bytown est devenu l'Université d'Ottawa. Mais dans le cas qui nous concerne, le Séminaire de Québec n'est pas devenu l'Université Laval. Au contraire, le Séminaire (qui de décernait aucun grade collégial ou universitaire) a fondé une université où l'on pouvait décerner les grades de baccalauréat, maîtrise et doctorat. L'année de fondation de l'Université Laval est 1852.

      Même le Grand Séminaire, où l'on formait les prêtres, ne donnait aucun grade universitaire aux séminaristes. L'enseignement qu'ils recevaient était supérieur à l'enseignement classique des collège, mais ce n'était ni un enseignement universitaire, ni un enseignement dispensé par le Séminaire.

    • Gendreau-Hétu Jean-Pierre - Inscrit 25 mai 2013 08 h 52

      Quand on veut couper les cheveux en quatre, on peut aussi les couper en huit - et ainsi de suite. La preuve? Votre commentaire quant à l'Université d'Ottawa n'est pas exact : le Collège de Bytown n'est PAS devenu l'Université d'Ottawa, puisque le Collège de Bytown a AUSSI généré l'Université St-Paul (http://ustpaul.ca/fr/lusp-en-bref-historique-de-lu Et cela n'empêche pourtant pas l'UdO de revendiquer 1848 comme son année de naissance! C'est précisément quand l'histoire s'enfarge dans les fleurs du tapis qu'on perd l'intérêt des gens. Pour ceux qui ne l'auraient pas encore compris, la question ici n'est pas le menu détail de l'histoire - qui veut savoir que la naissance de la Ville de Québec pourrait ne pas être 1608? - mais bien l'outil de promotion que peut jouer l'histoire auprès de la population. On parle ici de vulgarisation, pas de débats de séminaristes.

  • Philippe Dubé - Abonné 25 mai 2013 11 h 19

    L'oeuvre d'éducation de François de Laval

    Ce qu'il aurait fallu célébrer en cette année anniversaire, c'est le grand oeuvre d'éducation de François de Laval dont l'Université Laval est certainement le plus bel porte-étendard aujourd'hui. Le Grand Séminaire avait certes ses raisons de centrer l'attention publique sur lui, mais il n'en demeure pas moins que l'UL avait, dans le contexte, un devoir de mémoire qui lui revenait en propre. Pour en saisir la portée véritable et nous convaincre du bien-fondé de cette idée, je me réfère ici aux conclusions d'un article de l'historien Louis-Philippe Audet (1958) [http://www.erudit.org/revue/schec/1958/v25/n/10074 "L'éducation en Nouvelle-France au XVIIe siècle fut, avant tout, l'œuvre du clergé et des communautés religieuses. C'est toujours pour l'historien un sujet de profond étonnement de constater que, dans cette colonie qui vient à peine de naître, alors que toutes les énergies sont tendues vers la lutte contre la dureté de ce pays neuf et contre les incursions sans cesse renaissante des sauvages hostiles, c'est un sujet d'étonnement et d'admiration dis-je, que de constater cette préoccupation constante pour les valeurs spirituelles et pour la permanence, sur les bords du Saint-Laurent, de la pensée et de la culture française.
    Ce zèle pour la fondation des petites écoles et pour l'établissement du Collège de Québec s'intensifiera encore à l'arrivée de Mgr de Laval: le premier évêque de Québec aura toujours présentes à l'esprit les paroles impératives du Maître à ses disciples assemblés pour un dernier adieu: «Allez, enseignez toutes les nations.» Et ce devoir du pontife ne s'arrête pas qu'aux seules vérités surnaturelles: il a mission de faire connaître à tous sans exception, le Vrai, le Bien et le Beau, objets de l'attention et des recherches des grands esprits de tous les temps. À tous égards, François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, fut véritablement le «père de la patrie canadienne ». (i.e. québécoise)

    • Gendreau-Hétu Jean-Pierre - Inscrit 25 mai 2013 15 h 56

      Voilà une belle proposition : pourquoi en effet opposer l'un et l'autre? L'Université Laval et le Séminaire de Québec avait ce devoir commun de rappeler l'oeuvre de François de Laval. Pourquoi une institution voudrait-elle se priver d'un outil de promotion aussi exceptionnel que 350 ans d'histoire? La décision leur en revient. On ne peut que la déplorer en l'occurence. Je constate en terminant que le lien fourni plus haut vers l'Université St-Paul était défectueux. Je le reprends pour les intéressés : http://ustpaul.ca/fr/lusp-en-bref-historique-de-lu Ce qu'on y apprend sur l'origine de l'Université d'Ottawa est instructif et ne corresond pas du tout à ce qui est avancé par un commentaire précédent. On peut y lire : «En effet, le 1er juillet [1965], en vertu d’une loi de la province d’Ontario (...), l’institution jusqu’alors désignée « Université d’Ottawa » prit le nom d’« Université Saint-Paul » (...). En même temps, le gouvernement créa une nouvelle institution sous le nom d’« Université d’Ottawa » (...).» Faudrait-il ainsi critiquer cette nouvelle Université d'Ottawa parce qu'elle se réclame de 1848, plutôt que 1965? Bien sûr que non. C'est l'esprit qui doit primer, pas la lettre. Techniquement, bien sûr, l'UdO actuelle est née en 1965 ; comme l'UL en 1852. Mais je renvoie au simple bon sens exprimé par la dernière intervention pour souhaiter que l'Univesité Laval se réveille avant le afin de l'année.