Lettres - Le débat de fond

Plusieurs militants, observateurs et commentateurs nationalistes sont chagrinés par la division des partis souverainistes, surtout celle entre le Parti québécois et Québec solidaire. De divers côtés, on suggère avec insistance à Québec solidaire de s’allier avec le Parti québécois afin de refaire « l’unité indépendantiste ».


Ce disant, on oublie un fait majeur : Québec solidaire a certes adopté la souveraineté comme projet national, mais sa raison d’être première consiste à réinventer la social-démocratie (ou le travaillisme) québécoise. Le parti a été fondé par des militants communautaires et féministes en réaction aux politiques d’inspiration rétrolibérale pratiquées tant par le Parti libéral que par le Parti québécois. L’option souverainiste est venue en second lieu, après bien des débats. Si les militants qui ont mis sur pied Québec solidaire avaient été d’abord souverainistes, on peut croire qu’ils auraient alors plutôt rejoint les rangs de SPQ Libre, le club de gauche qui existait au sein du Parti québécois.


On doit se demander tout d’abord dans quel genre de société on veut vivre avant de décider de son statut constitutionnel final. Dans le cas de la direction péquiste, on a pu constater la duplicité qu’elle a déployée depuis plus de 30 ans sur le front social et financier. Discours social-démocrate, mais pratique largement rétrolibérale.


En définitive, le débat actuel porte moins entre indépendantistes (pressés ou patients) qu’entre travaillistes et rétrolibéraux (qu’ils soient d’allégeance libérale ou péquiste). L’indépendantisme ne doit plus brouiller les cartes sur le plan des orientations économiques et sociales majeures du gouvernement péquiste.



Jean-François Delisle - Montréal, le 13 mai 2013

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