Lettre - La culture du vide

Je suis profondément attristé par la disparition des lettres comme fondement du nouveau programme d’Arts et lettres au niveau collégial, lequel vient de muter en programme d’« Arts et communication ».


La littérature n’est plus un des piliers de la culture humaine, ce n’est plus qu’une option parmi d’autres. Les technologies de la communication, en soi vides de contenu, ont remplacé la culture des lettres.


L’important est de communiquer, même si on n’a rien à dire, même si l’on est coupé de toute tradition, même si l’on ignore les classiques de notre civilisation. L’important est de savoir faire la mise en scène du vide, de la même manière que la célébrité est recherchée pour elle-même.


Il faut aussi faire attention aux changements de mots dans la description du programme. Une oeuvre est devenue un simple « objet culturel ». Les misérables de Victor Hugo est rabaissé au même niveau qu’une bouteille de Coca-Cola.


Cela en dit long sur notre rapport avec l’art et au monde en général. L’oeuvre d’art n’est pas un objet, c’est un monde qui fait de nous ce que nous sommes. Mais la tendance actuelle est de tout réduire au statut d’objet de consommation, de voir le réel comme un réservoir de choses exploitables au gré de notre volonté. Nous devenons de plus en plus un peuple d’illettrés et c’est affreusement triste.



François Doyon, enseignant en philosophie au cégep de Saint-Jérôme - Saint-Jérôme, le 8 mai 2013

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