Lettre - Harper linguiste

Les concepteurs de la variante Harper de la novlangue viennent d’innover avec brio. Un vrai bijou : le pétrole extrait des sables bitumineux est de l’énergie renouvelable. Orwell proposait comme énoncé typique de cette langue-là : « La guerre, c’est la paix. » Les conservateurs égalent désormais leur modèle.

Et ce, d’autant mieux que, loin de s’en tenir à leur habituelle camelote verbale, ils vont recruter des « scientifiques » complaisants pour tirer de leurs « recherches » la seule preuve préalablement commandée. L’altération totale du sens des mots permettra de fabriquer la version officielle de ce qui devra passer pour la réalité elle-même.


La première moitié du XXe siècle garde ouvert un chantier pour la pensée s’exerçant à discerner les procédés artificieux qui ont favorisé l’émergence des régimes totalitaires. On ferait bien de ne pas prendre à la légère des « tentations », toujours vivaces, auxquelles peut céder un pouvoir impatient de faire sauter les garde-fous démocratiques pour étendre son emprise. La falsification éhontée du langage et le fanatisme idéologique résolu à faire taire toute contestation, fut-elle la mieux documentée, manifestent sans équivoque, de la part du gouvernement Harper, la volonté de mettre au pas les citoyens, à commencer par les plus démunis.


Ce mot de Karl Kraus reste à l’ordre du jour : « Finalement, tous les César ont été au-dessus de la grammaire. »

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