Lettre - Mon professeur d’histoire est mort

Jean-Paul Bernard, qui a enseigné l’histoire pendant de très nombreuses années à l’UQAM, vient de mourir. Mais avant d’enseigner à l’UQAM, il avait aussi enseigné cette matière au collège Sainte-Croix de Montréal, à la fin des années 60, alors que j’y étais étudiant. J’ai beaucoup admiré cet homme. Car - et il m’en a parlé des années plus tard - enseigner à de très jeunes adultes l’histoire du Québec dans l’effervescence du temps n’était pas une chose simple. « Je devais toujours vous retenir », m’a-t-il confié.

Je me souviens de son sourire narquois quand il me demandait si je préférais vraiment être exploité par des Français plutôt que par des Anglais. Ou du soin infini qu’il prenait à expliquer que la déportation des Acadiens, sans être un objet de rigolade, devait tout de même être considérée comme un acte de guerre, de luttes coloniales, et resituée dans son contexte historique.


Je pense bien que, pour l’essentiel, il partageait notre « ferveur nationaliste ». Mais il comprenait aussi qu’il parlait à de très jeunes gens et qu’il eût été trop facile de suivre le courant. Il était là pour que nous apprenions à réfléchir, à chercher, à nous forger une opinion ; jamais il ne lui serait venu à l’idée d’imposer sa réponse. Un jour, les dirigeants du cercle DELTA l’invitèrent à prononcer une conférence et lui proposèrent le titre : La confédération, 100 ans d’injustice ! Il répondit : « J’accepte avec plaisir, mais le titre sera : La confédération, 100 ans d’inégalité ! » C’était un éducateur. Un grand éducateur, un maître à penser.


Il m’aura appris à rechercher sans cesse les faits avérés plutôt que de me satisfaire des impressions ; à ne jamais me départir d’un certain sens critique, quelle que soit la cause, quel que soit mon penchant naturel. Et surtout, à conserver cet esprit de nuance qui permet de porter un jugement sûr. C’était un homme bien, un excellent professeur. Je lui dois mon goût pour l’histoire. Et, dirais-je, pour un Québec vrai !


Merci à vous, Jean-Paul Bernard.

1 commentaire
  • Julie Guyot - Abonnée 17 avril 2013 13 h 37

    L'héritage du grand historien

    Bravo, M. Denis.

    Votre hommage à ce que fut JPB, et à son oeuvre, de prof et d'historien, est très juste. Représentative de ce que Jean-Paul Bernard désirait léguer à ses étudiants, et à son peuple. Participer à la formation d'esprits critiques, et offrir les clés menant à la liberté. Intellectuelle, personnelle, et nationale.
    Ajoutons qu'il adorait la jeunesse. Deux de ses plus grandes passions: la jeunesse et l'histoire. Il avait bien choisit sa voie!

    Julie Guyot
    Professeure d'histoire
    Collège Édouard-Montpetit