Lettre - Fernand Seguin meurt une seconde fois

Depuis quelques jours, l’Hôpital Louis-H. Lafontaine est devenu l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Avec ce nouveau nom, l’administration a cru bon d’abolir le nom du Centre de recherche Fernand-Seguin pour en faire tout simplement le Centre de recherche de l’Institut.


En 1992, le Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine avait vu le jour grâce à la Fondation des maladies mentales qui en a assumé les coûts. En accord avec Mme Seguin, j’avais donné le nom de son mari au centre de recherche de l’hôpital, lui qui avait reçu le prix Kalinga de renommée internationale pour l’excellence de son travail en rapport avec la science. Bien plus, je savais que M. Seguin avait travaillé dans les années 1950 comme biochimiste à Saint-Jean-de-Dieu, devenu l’Hôpital Louis H. Lafontaine, et qu’il avait quitté ce poste pour aller faire de la radio, car, comme il n’était pas médecin, les religieuses lui avaient défendu de faire de la recherche sur la schizophrénie.


Lors de l’ouverture du Centre, j’avais dit que, comme M. Seguin n’avait pu faire de recherche à l’hôpital, il en ferait maintenant chez lui au Centre de recherche Fernand-Seguin. Vingt ans plus tard, l’administration décide de le faire mourir une seconde fois. Un jour, plus personne n’aura idée de qui était ce grand homme, et le Québec tout entier aura oublié le nom de son plus célèbre chroniqueur scientifique. D’autres ont plus de respect pour leur histoire : par exemple, l’Institut Curie, l’Institut Pasteur et, plus près de nous, l’Institut Lady Davis de recherches médicales de l’Hôpital général juif. Nous avons le don de nous appauvrir même intellectuellement.

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16 commentaires
  • Maxime Dion - Inscrit 8 avril 2013 01 h 58

    Commentaire révisé et corrigé...

    C'est dans la même veine que l'ancienne rue Marie-Victorin, que la ville de Longueuil a rebaptisée Bord-de-l'Eau...

  • Michel Lessard - Abonné 8 avril 2013 04 h 36

    fernand seguin meurt une seconde fois

    Quel manque de culture et de respect que ces administrateurs. Quelle bande d'ignorants.
    «michel lessard, lévis

  • alain petel - Inscrit 8 avril 2013 07 h 02

    Le poivre de la semaine

    Changer le nom des institutions, des choses, des affaires, en surface, c'est à peu près tout ce dont on est capable au Québec aujourd'hui, mais sans améliorer le fond de ces institutions, de ces choses, de ces affaires. Un matin, les gens de la rue Faillon se sont réveillés et leur rue s'appelait désormais la rue Gary Carter. N'importe quoi. C'était qui Faillon ? On ne le saura sans doute jamais. Fernand Séguin, dans ma mémoire de mi-agonisant, c'était l'animateur de l'émission de télé Le Sel de la semaine. Il faut revoir l'entrevue légendaire que Séguin avait accordée à l'auteur de Sur la route, Jack Kerouac. C'est un trésor d'archive. Mais c'étai qui Faillon ?

    • Michel Bédard - Inscrit 8 avril 2013 22 h 11

      Pour Alain.

      Faillon, Étienne-Michel (1799-1870), professeur et historien, sulpicien français. Il a fait trois voyages au Canada et un séjour de 7 ans au pays.

      Il publia en 1841 la biographie du fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, Jean-Jacques Olier. Et après, les biographies de Marguerite Bourgeoys, Marguerite d'Youville, Jeanne Mance et Jeanne Le Ber. Pointage final biog.: Homme 1 Femme 4.

      Il a pondu en « Histoire de la colonie française en Canada ».

  • Pierre Couture - Inscrit 8 avril 2013 07 h 15

    Amnésie entretenue

    Le grand Gaston Miron (qui ça Gaston Miron?) disait du Québec qu'il est « chauve d'ancêtres».
    Pas étonnant, puisque nos « décideurs » sans culture ne cessent de raboter - ou même de nier - notre passé.
    On voit même des professeurs d'histoire se battre et monter aux barricades pour avoir le droit d'affirmer que notre nation n'existe pas.
    Quel avenir glorieux nous nous préparons avec de tels guides!

  • Georges LeSueur - Inscrit 8 avril 2013 10 h 39

    Désolant...!

    C'est une manie très Québécoise de rebaptiser des lieux, villes, rues ou institutions au gré d'un responsable "inspiré" local.
    Tous se rappellent la perte du beau nom de la ville de Chicoutimi, très connu, apprécié et hérité de l'histoire autochtone pour lui substituer Saguenay, valable certes, mais sur-utilisé (rivière, comté, région, et une foule de raisons commerciales). Et l'Auditorium Dufour rénové est renommé "Théatre de la Banque Nationale" Beau progrès !

    Ceux qui ont écouté les émissions de Fernand Seguin gardent un souvenir vif de ce vulgarisateur de talent qui a nourri nos esprits, et lui gardent admiration et reconnaissance.
    Qu'on efface son nom du Centre de Recherche n'est pas seulement un manque de respect.
    C'est perdre sa mémoire. Et sacrifier pour des raisons nébuleuses, l'héritage du passé.

    • Michel Bédard - Inscrit 8 avril 2013 22 h 31

      Le nom de Chicoutimi (ville) a-t-il vraiment été substitué pour Saguenay ??? Un gars de l'endroit en visite à Mtl m'a dit que le nouveau nom est La Baie !!!

      "Auditorium Dufour renommé Théatre de la Banque Nationale. Beau progrès !" Les exemples prolifèrent. On marchande notre âme... Nous sommes rendus bien bas.