Lettre - Aide sociale: quand l’impuissance s’invite

Depuis quelques mois, j’avais l’impression d’avoir plus de prise sur l’impuissance que j’avais tendance à ressentir auprès des familles les plus démunies avec lesquelles je travaille.


L’organisation d’activités variées pour les soutenir me donnait l’impression que des solutions existaient, que la solidarité pouvait contenir la pauvreté. Puis la réalité m’a rattrapée ce matin. Une famille que je connais bien, qui participe à toutes les activités possibles, qui fait les efforts nécessaires pour s’intégrer (apprentissage du français, programme d’employabilité, activités de socialisation…), qui fréquente déjà les banques alimentaires… Bref, une famille de « bons pauvres », selon les critères de l’aide sociale, cette famille-là n’y arrive plus, n’y est probablement jamais arrivée, mais maintenant, la coupe est pleine. Quand dormir à trois dans le même lit, avoir un réfrigérateur vide, manger du riz chaque jour (quand il y en a), vivre parmi punaises et coquerelles ne devient juste plus possible, les larmes de l’enfant nous réveillent. Mais voilà : je suis censée faire quoi avec cette pauvreté lorsque j’ai dirigé cette famille vers toutes les ressources disponibles, qu’elle les utilise déjà et que, malgré ça, elle ne s’en sort pas ? M’en laver les mains ? Accueillir la détresse sans rien pouvoir offrir pour soulager cette faim et cette misère ?

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