Lettre - Le Canadien de Montréal et les francophones

Le texte d’Emmanuel Lapierre, « Les francophones aident le Canadien à gagner plus souvent », paru dans Le Devoir du 26 mars dernier, défend l’idée que la présence d’une majorité de francophones au sein de la formation du Canadien entraîne un taux de succès élevé en séries éliminatoires. L’analyse est intéressante, mais il s’agit d’une mauvaise conclusion.

Jusqu’en 1967, l’année des premières expansions dans la LNH, le Canadien possédait l’exclusivité sur les joueurs francophones. C’est donc principalement avant cette année-là que le CH a pu bénéficier de formations majoritairement francophones. Jusqu’en 1967, la LNH ne comptait que six équipes. C’était donc beaucoup moins difficile de remporter les grands honneurs. D’ailleurs, durant cette période, le Canadien a gagné 15 de ses 24 coupes Stanley. Plutôt que d’associer leur succès d’avant-67 à la francophonie, il faut considérer le fait qu’il n’y avait que six équipes à l’époque.


Alors, comment expliquer que la Sainte-Flanelle était celle qui connaissait le plus de succès ? Et bien, comme l’a dit lui-même Emmanuel Lapierre, les joueurs du tricolore bénéficiaient d’une grande chimie. Toutefois, il ne faut pas faire l’erreur d’associer cette chimie uniquement à la francophonie. Si la langue influençait la chimie d’équipe à elle seule, les formations entièrement anglophones auraient connu tout autant de succès ! Il s’agit plutôt d’une question d’origines. Les joueurs francophones venaient tous du Québec. Voilà ce qui créait la chimie. Une équipe constituée uniquement de Suédois aurait sans doute connu autant de succès.


Emmanuel Lapierre a émis une hypothèse intéressante, mais avant de conclure qu’il s’agissait d’un phénomène linguistique, il aurait dû considérer ces facteurs.

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