Lettre - Redevances minières : dignes du festival du rire

Travaillant dans le milieu du livre, je vois d’ici la face d’un écrivain à qui on annoncerait que la maison d’édition lui paiera des redevances seulement si elle fait des profits avec son ouvrage ! C’est que, dans le monde de la littérature, secteur « minable » s’il en est, pensent certains, nous croyons encore que lorsque nous exploitons une chose qui ne nous appartient pas, il faut la payer, que ce soit le roman d’un auteur, les comptes de téléphone et de chauffage ou les meubles dont nous avons besoin dans nos bureaux (c’est-ti assez niaiseux, penseront encore certains). Tout à coup, ça me vient : peut-être les minières paient-elles leurs dirigeants seulement lorsqu’elles font des profits ? Merci à elles de nous annoncer cette éclairante nouvelle !


Tandis que nous y sommes : des redevances payables par les minières sur la seule base des profits prennent aujourd’hui l’allure d’une rigolade digne d’un mauvais épisode de la commission Charbonneau. On pitche dans les poches des patrons des grandes entreprises des centaines de milliers de dollars (des centaines de milliers ? Ben, voyons ! Des millions de dollars !) en salaires, primes, actions et quoi encore. Suffit alors de pitcher d’autres millions dans les goussets de ces messieurs (les dames n’existent à peu près pas à ce niveau) pour diminuer d’autant les impôts et… les redevances. Non mais, c’est-ti pas assez fin ? Et c’est sans compter les jeux comptables dont les amicales grandes sociétés d’audit (comme on doit dire maintenant) sont capables pour « améliorer », sur le plan fiscal, le score d’une entreprise en fin d’année. On peut au moins se consoler en pensant que nos gouvernements sont capables de serrer la vis aux chômeurs et aux assistés sociaux. Ça va faire, oui, les profiteurs !



Michel Gay - Montréal, le 18 mars 2013

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