Lettre - Les usagers écopent

Dans un texte de la rubrique Libre opinion publié le 19 mars, MM. Rayside et Bourdeau prennent la défense de l’opération « optimisation » des ressources humaines (méthode Toyota, inspirée du lean manufacturing) dans le réseau de la santé et des services sociaux. Ils allèguent qu’ils veulent « s’assurer que la population reçoive les soins auxquels elle est en droit de s’attendre indépendamment du niveau de ressources financières actuelles ». C’est là que le bât blesse. On ne peut faire abstraction du niveau des ressources si on veut réalistement chercher à atteindre les objectifs. Ce n’est pas sans raison que le personnel a le sentiment d’être « pressé comme un citron ». Partout dans le monde, les effets pervers de l’« optimisation » des ressources humaines sont documentés concernant la santé au travail : problèmes musculo-squelettiques, stress, burn-out, dépression, etc.


Contrairement à ce que laisse entendre le texte, ce ne sont pas seulement les syndicats qui s’insurgent contre la mise en place de la méthode Toyota. Des associations d’usagers ont aussi exprimé leurs inquiétudes, faits à l’appui. Je suis actif dans une association de défense des droits des retraités et nous avons reçu des témoignages éloquents de déshumanisation. Une intervention de 30 minutes, en suivi d’un deuil, est-ce acceptable ? Oui, il faut améliorer l’organisation du travail dans le secteur public, mais en respectant les codes de déontologie et l’éthique publique. […] Étrangement, la libre opinion de MM. Rayside et Bourdeau ne mentionne pas la firme Proaction, très impliquée dans les établissements concernant l’« optimisation » et qui fait l’objet d’une enquête ministérielle au sujet d’un contrat d’informatisation.



Jacques Fournier - Montréal, le 19 mars 2013

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