Lettre - Le libre: un mouvement anglocentriste

Dans un article publié le 19 mars dans Le Devoir, le ministre Stéphane Bédard est « convaincu que le logiciel libre peut être payant pour le Québec ». Sur un plan strictement économique, il est possible qu’utiliser les logiciels libres puisse être raisonnable. Par contre, pour tout non-anglophone, les logiciels libres comportent un piège légal.

Les logiciels libres les plus importants sont publiés sous la General Public License (GPL), administrée par la Free Software Foundation (FSF). On peut mentionner, entre autres, le système d’exploitation Linux et les principales suites bureautiques libres, OpenOffice et LibreOffice. Avec la GPL, toute personne ou entreprise redistribuant soit la version originale ou une version modifiée du logiciel doit lui aussi appliquer la GPL. Or, la GPL est rédigée en anglais et il est exclu qu’une traduction de la GPL puisse être valide. En effet, selon la FSF, les autres langues risquent de compromettre les libertés du logiciel libre et il vaut mieux retirer aux utilisateurs non anglophones leur droit à comprendre un texte légal auquel ils sont liés, sous peine de « conséquences [qui] pourraient être désastreuses pour toute la communauté du logiciel libre ». Ceux-ci n’ont qu’à se rabattre sur des traductions assez bonnes pour eux, mais pas assez bonnes pour avoir une valeur légale. La FSF ajoute que « tant que ces traductions ne sont pas officielles, elles ne peuvent pas faire de dégâts ».


En conséquence, une entreprise québécoise faisant affaire avec le gouvernement du Québec, avec une autre entreprise québécoise ou avec tout citoyen québécois doit fournir un logiciel libre avec une licence de distribution rédigée en anglais. Loin d’être limitée au Québec, cette problématique affecte potentiellement la totalité de la population non anglophone planétaire. Dois-je rappeler que 95 % des habitants de la Terre n’ont pas l’anglais comme langue maternelle ?

10 commentaires
  • Jean-Robert Primeau - Abonné 20 mars 2013 08 h 43

    Oh !

    Si vos informations sont fondées, monsieur Fillion, fini pour moi le logiciel dit libre. Je ne suis pas un homme libre quand je suis forcé d'emprunter la langue du maître anglais. Je parle et je lis très bien l'anglais mais personne ne me forcera à le faire. Merci !

  • David Huggins Daines - Abonné 20 mars 2013 10 h 35

    Lisez le site de la FSF, svp

    Ce n'est pas par anglocentrisme que les traductions ne sont pas autorisés. C'est simplement parce que une licence est un document légale, ce qui exige une traduction précise et coûteuse. Cependant, la FSF publie déjà 12 traductions non-officielles sur son propre site:

    http://www.gnu.org/licenses/translations.fr.html

    J'ajoute que Richard Stallman est lui-même très francophile:

    http://www.youtube.com/watch?v=kNY2ZgmUy0g

  • Mathieu Trudel-Lapierre - Inscrit 20 mars 2013 10 h 40

    Franchement

    Dois-je rappeler qu'il n'y a pas que la GPL dans le logiciel libre?

    On est tous assez grands pour remarquer que ça ne prend qu'un avocat qui ait le temps de le faire pour écrire une traduction de la licence GPL qui soit acceptable aux yeux de la FSF. Notons bien qu'à ce niveau, peu importe ce qu'en pense la FSF. Si vous comprenez l'essence de la licence, en quoi sa langue de rédaction a-t-elle de l'importance?

    D'ailleurs, avez-vous déjà lue la licence rattachée à... bref, n'importe lequel des produits propriétaires que vous utilisez? Il y a fort à parier qu'à moins d'être avocat, même en français, vous n'y comprendrez strictement rien. Ainsi, la licence en tant que le texte lui-même (plutôt que l'idée) n'a que très peu d'importance aux yeux de quiconque.

    En outre, en quoi est-ce que le fait d'inclure une licence rédigée en anglais dans un logiciel libre redistribué est-il un si grand piège? Parce qu'on serait toujours au joug des méchants anglais? Au minimum, juste le fait de se lancer dans le logiciel libre en tant que société serait définitivement un pas vers une économie fortifiée par l'emploi des compétences locales, mais on aura aussi la possibilité, si la GPL est vraiment un si grand problème, de choisir une autre licence libre et ainsi contribuer à éviter le genre de lettres que vous avez réussi à faire publier: celles qui mordent à l'hameçon des propos parfois exagérés de la FSF.

    En conclusion, ce n'est pas la licence elle-même qui fait l'attrait du logiciel libre, mais bien les libertés qui y sont rattachées. La liberté de pouvoir modifier un programme s'il ne fait pas exactement ce qu'on veut. La liberté de faire appel à n'importe qui si on a besoin d'aide pour le faire, et surtout le fait de ne pas être soumis à des entreprises qui dictent ce que l'on doit faire -- et *là* la FSF aurait vraiment commis une faute dans ses propos.

  • Konstantin Ryabitsev - Inscrit 20 mars 2013 10 h 58

    C'est nul comme argument

    Tous les langages de programmation répandus sont en anglais, eux aussi. En effet, si vous regardez le source de cette page, vous trouverez "<meta name="title" content="Lettre - Le libre: un mouvement anglocentriste | Le Devoir" />. Faut-il accuser Le Devoir d'être anglocentriste?

  • Mathieu Lutfy - Inscrit 20 mars 2013 12 h 06

    Mesquin..

    Si on regarde les communautés autour de logiciels libres tels que LibreOffice, Firefox, Drupal, Ubuntu, Debian, FlossManuals, etc, je crois que vous serez surpris de la quantité de travail qui est investie par les participants (bénévoles et/ou professionnels) pour que les applications soient accessibles, participatives et bien entendu avec des traductions de qualité, et ce, non seulement en français, mais adaptées aussi à la réalité du Québec.

    Par ailleurs, les logiciels libres permettent à tout le monde de faire sa propre traduction. Nous n'avons pas à supplier le fournisseur de traduire son logiciel. On retrouve donc souvent des traductions pour des langues minoritaires ou dialectes plus rare, que dans le monde du logiciel privatif. C'est dans l'intérêt du Québec d'adopter les logiciels libres.