Lettre - Ce rire qui nous tue

J’assistais mercredi soir à la pièce Les morb(y)des au Théâtre de Quat’Sous. Un drame qui raconte l’histoire de deux soeurs engluées dans un demi-sous-sol d’Hochelaga. Une pièce grave et forte dans cette petite salle du Plateau Mont-Royal.


Certaines remarques du cru peuvent faire sourire, mais l’auditoire explose du rire de l’idiot. Sur scène, on crie un désespoir à faire rire jaune, mais la salle se tape les cuisses. Et du rire gras, on passe au rire nerveux pour repousser rapidement toute gravité qui pourrait éveiller une empathie, une compassion, voire un début d'introspection. Peur d’un engagement émotif, fût-ce le temps d'une pièce. On se croirait au vaudeville d’un théâtre d'été. Normal, tout n’est-il pas drôle au Québec? On perçoit ici tout le désarroi d’un peuple désabusé qui, à l’image des héroïnes de la pièce, ne sait plus où il va.


Devant la déliquescence de ses institutions, la petitesse de ses édiles et la décrépitude de ses infrastructures, il a décidé qu’il valait mieux en rire. Et rien d’autre. On est là pour s’amuser, pas pour réfléchir. Ce rire nous anesthésie jusqu’à tuer l’être pensant en nous.


Dans ce terreau fertile, l’industrie du rire et son école ont propulsé une pléthore d’humoristes incultes qui se grattent le bouton à grand renfort de mimiques, grimaces et onomatopées, à défaut de mots et d’idées riches. Les salles de spectacles en font leurs choux gras. La télé aussi. La vague du rire à tout crin déferle désormais au cinéma et au théâtre, où même les drames peuvent devenir des comédies burlesques. Il n’y a rien de drôle.


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Luc Le Blanc - Montréal, le 13 mars 2013

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