Lettre - Et que faire des catholiques?

Comme vous le savez, la chapelle Sixtine est sur le point d’accueillir le conclave en vue de l’élection du prochain pape. Un candidat plausible, nous affirment tous les journalistes allant se promener à La Motte depuis une dizaine de jours, est le cardinal Marc Ouellet. Certains s’en réjouissent, mais on entend surtout ceux qui en sont atterrés.


Pourtant, l’Église catholique n’est pas une institution politique. On a peur d’elle et de son chef, comme si elle allait élaborer des lois et règlements, avec les sanctions qui s’ensuivent. Elle est influente, certes, mais elle est influente par l’importance que les gens lui accordent librement, parce qu’elle cadre avec leur définition du bien. Dire que Mgr Ouellet, et l’Église par le fait même, est plutôt arriéré, ridicule, rétrograde, voilà une insulte : une insulte directe à travers sa personne aux millions de croyants catholiques dans le monde, une insulte à la liberté de croyance et d’expression, à la liberté de conscience et à l’intelligence même de l’individu humain, qui a le bagage pour comprendre et choisir.


Il semble que le Québec en ait gros sur le coeur. Il ridiculise souvent son passé, ses traditions et craint parfois les débats d’idées. Pourtant, ce sont ces débats qui nous permettent de bien comprendre les choses, de nous positionner. Plusieurs personnes respectent ces idées « stupides » et s’y reconnaissent sans être arriérées ! Il semblerait que le Québec, fier d’être actuel, moderne et avant-gardiste, ne mette pas toujours de l’avant les valeurs qui lui tiennent à coeur : dialogue, ouverture d’esprit, respect, liberté… Il se dit ouvert à toutes les cultures et religions, prétend offrir un contexte permettant aux gens de se réaliser. Qu’advient-il de celles et ceux qui désirent s’accomplir pleinement en tant que membres de cette institution qu’est l’Église ? C’est un débat très important.


Le prochain pape, au risque de paraître une amatrice de Walt Disney ou « déconnectée de la réalité », je l’espère aimant, humain, d’une grandeur d’âme qui se remarque, d’une vie intérieure riche, d’une intelligence droite, comme l’ont été ces personnages historiques que sont les Socrate, Jésus-Christ, Gandhi, Martin Luther King ou mère Teresa ! Vous remarquerez que sur ces cinq personnes, quatre ont été tuées pour leurs idées. Insulter, ridiculiser, faire taire quelqu’un sur la place publique, c’est un peu les tuer, à notre manière.


Je veux d’un catholicisme en vie, de débats d’idées et d’un bon pape ! Et si c’est Marc Ouellet qui le devient, je serai fière d’être une professeure, jeune femme mariée, future mère de famille ayant pour pape un Québécois qui sait se tenir !


***

Nadine Cyr - Professeure de philosophie, Le 7 mars 2013

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46 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 9 mars 2013 04 h 33

    Non à la peur!

    Beau texte! Je ne puis que citer Jean-Paul II au début de son pontificat: "N'ayez pas peur! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ!..." Confiance!

  • Gaston Bourdages - Abonné 9 mars 2013 05 h 10

    «Mon» catholicisme du jour...demain, je verrai...

    ...se voit. se sent réconforté. Madame Cyr, mercis.
    Bien avant «religions», j'ai eu inqualifiables besoins de spiritualité. Dans l'état où, alors, j'étais, seule une spiritualité, je dirais, adéquate et «conforme» à ces mêmes besoins, se voulait essentielle parce que survivant je me considère. Être humain à parts entières, je suis capable de Beau et de Laid. Le catholicisme m'est, je me répète, jusqu'à ce jour, le véhicule spirituel le plus et le mieux «adapté» à mes besoins et maintenant... goûts. Je me sais membre d'une institution véhiculant UN message. Ce dernier transmis par des femmes et des hommes capables de Beau et de Laid. Un message dont nombre de «passages» dérangent des consciences. Au point où combien de fois ces mêmes consciences tirent à bout portant sur le messager ! «Ça» m'arrive...plutôt laide mais combien humaine comme réaction !
    À regarder le «d'où je viens et reviens?» j'ai des tonnes de mercis à formuler. Dont ceux à l'endroit de ces gens porteuses et porteurs d'une spiritualité aux couleurs et saveurs catholiques.
    D'un très simple citoyen - ex-bagnard - conférencier - écrivain ayant tout juste accouché d'un 3e travail littéraire. Fruits d'une «grossesse» de 23 ans...«bébé» baptisé : «Examens de conscience...Autopsie d'un injustifiable»
    http://www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Jacques Boulanger - Inscrit 9 mars 2013 06 h 24

    Holà !

    Faut arrêter de charrier avec le cardinal Marc Ouellet. Tous les reproches que l’on peut faire au cardinal, on peut facilement les faire aux 115 autres. Le cardinal n’est pas différent des autres. Il était en position de le faire quand il a obtenu la démission du cardinal O’Brien, alors il n’aura pas fait pire que les autres s’ils avaient été à sa place même qu’il a peut-être fait mieux dans les circonstances. Quant aux prêtres pédophiles, a-t-il fait pire que les autres ? Pas mieux tout au plus. Et cette histoire de grossesse après le viol, quel cardinal soutient autre chose que le magister de l’Église ?

    Alors, relaxe avec le cardinal. Il ferait un aussi bon pape que n’importe lequel des candidats. Et quelle fierté pour nous Québécois. Et quelle déveine pour ceux qui nous méprisent.

  • Catherine Paquet - Abonnée 9 mars 2013 06 h 35

    On ne peut pas faire cela...

    On ne peut pas être professeure de philosophie et lancer un sophisme pareil: Soutenir que Mgr Ouellet et L'Église catholique c'est la même chose. Relisez ce qu'écrit Nadine Cyr.: "Dire que Mgr Ouellet, et l’Église par le fait même, est plutôt arriéré, ridicule, rétrograde, voilà une insulte."

    • Jacques Boulanger - Inscrit 9 mars 2013 11 h 02

      Vous avez le sophisme facile M. Paquet. Elle prend la peine de préciser « une insulte directe à travers sa personne aux millions de croyants catholiques dans le monde ». Où vous voyez le sophisme là-dedans ? Je vous rappelle que quand les Martineau, les Dutrizac ridiculisent l’un (le cardinal) ou l’autre (les cathos), l’amalgame est indistinct et sans nuance.

    • Jean-Michel Poirier - Inscrit 10 mars 2013 00 h 30

      Les lien établis dans l'extrait de M.Paquet et le votre sont très boiteuses. Je ne comprend pas le lien que l'auteure fait entre le cardinal Ouellet et l'Église. En fait, je crois plus qu'il n'y en a simplement pas. Je vous donne un exemple. Si je dis que vous M.Boulanger vous êtes un idiot (ne le prenez pas mal, je me sers de votre nom que pour mon exemple) Est-ce que cela veux dire que tous les Boulanger sont des idiots. Bien sur que non, puisque chaque être à sa personnalité et qu'il est quasi imposible de retrouvé le même trait chez une famille entière. Appliqué un jugement envers une chose (Cardinal Ouellet) et l'appliquer à un grand nombre de choses (Église et fidèles) est clairement une forme de généralisation. Donc pourquoi est-ce que en disant que le cardinal Ouellet est arriéré nous disons que tous les fidèles et l'Église est arriéré. Cela est à mon avis un pure non-sens.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 9 mars 2013 07 h 14

    Entre nous

    Nous pouvons tous discuter entre nous du bien et du mal. Sauf que : Comment voulez-vous discuter avec un organisme qui prétend détenir «La Vérité» et qu'en plus elle vient d'«Ailleurs» hors de ce monde ? Les religions quel qu'elles soient ne peuvent être autre que centristes, avec un seul point de vue ou une vision unique, c'est là leur force (ou leur faiblesse) et l'opinion de qui que ce soit n'a aucun emprise. Que tu sois défini comme mauvais dès ta naissance ou que tu dois te plier à la volonté divine sans discuter n'est pas très formateur pour l'édification personnelle, on en conviendra ! Les Socrate, Jésus-Christ, Gandhi, Martin Luther King ou mère Teresa ont tous fait leur apostolat hors de quelqu'organisme que ce soit ! Et les plus grands d'entre eux les ont combattu à mort, littéralement !

    • Louka Paradis - Inscrit 10 mars 2013 22 h 15

      Avant de juger et de condamner les gens d'Église, les religieux de toute communauté, il faudrait commencer par étudier tous les livres qu'ils ont lus, réfléchir à toutes les questions qu'ils ont analysées et discutées avec des maîtres formés et posé toutes les actions de bienveillance qu'ils ont menées auprès des gens qu'ils ont aidés ou auxquels ils ont enseigné. Les religions, ce sont des moyens de nous aider à vivre notre spiritualité, qui est une dimension essentielle de l'être humain ; même si les religions ne sont pas indispensables pour y arriver, ni parfaites, évidemment, elles servent de guides, elles sont dépositaires des principales valeurs humanistes universelles. À mon avis, quand je regarde aller le monde, nous avons le choix entre un monde dans lequel la spiritualité aura sa place et incitera encore l'humain à se dépasser ou un monde où prévaudra l'adoration du veau d'or : le dieu Argent pour lequel même l'humanité et sa planète seront sacrifiés.
      Louka Paradis, Gatineau