Lettre - À bout de souffle!

Comme elles sont tristes, les nouvelles de Colin la Lune (Le Devoir du 5 mars 2013) ! Son histoire est tragique, d’autant plus qu’elle n’est pas unique. Le réseau est à bout de souffle, les idées nouvelles peinent à tracer leur chemin. Voyez, plutôt.


Depuis près de 30 ans, je me mets au service de personnes aux besoins différents, vivant avec des limites physiques, cognitives ou intellectuelles. Des Colin, j’en ai rencontré, j’ai travaillé avec eux, ici comme à l’étranger. Je les aime beaucoup. C’est pourquoi, il y a un peu plus d’un an, une petite équipe et moi avons décidé d’ouvrir un centre de jour en milieu résidentiel pour offrir un espace communautaire à quelques Colin, et permettre à leurs familles de respirer un peu.


Encouragée par les signes approbateurs que la vie nous a rapidement envoyés, ravie de la maison que j’habite et qui correspond parfaitement aux activités que nous voulions mettre sur pied, j’ai commencé les rencontres et recherches de financement : les gens, tous très aimables, m’ont encouragée à offrir ce service, essentiel. Mais, à une exception près, personne ne pouvait nous soutenir financièrement : en fait, la tendance est plutôt aux coupes !


Mon moral en a pris un coup : en plus de me buter à des portes closes, j’ai dû attendre plusieurs mois pour obtenir les permis requis, et, surtout, réajuster notre projet de façon à respecter à la fois les règles imposées ET la sécurité des personnes qui seraient accueillies chez nous : un véritable casse-tête ! Mais, bon, on y arrive : les activités vont finalement commencer dans quelques jours. Elles seront cependant offertes à moins de personnes, et ces personnes seront atteintes de déficiences plus légères qu’initialement prévu - étant donné les contraintes qui nous sont imposées. Les activités se concentreront sur la création d’objets artisanaux qui seront vendus : notre rêve se concrétisera, malgré des ressources financières limitées à la générosité de quelques individus.


Notre contribution sera très modeste, plus limitée que nous le souhaitions, faute de moyens. Mais nous croyons que ces premiers pas feront une différence !


Ces derniers mois me confirment que toute notre société est sérieusement handicapée : il est, me semble-t-il, grand temps qu’elle reconnaisse la dignité de ces personnes qui ont tant besoin de notre solidarité, et qu’elle agisse, enfin, en leur faveur.


***

Lucie Auclair - Foyer de l’harmonie et de la joie, Lanoraie, le 5 mars 2013

À voir en vidéo