Lettre - Une conception galvaudée de la laïcité

À la suite de l’annonce du gouvernement de Mme Marois d’entreprendre des consultations sur la laïcité, on a pu entendre plusieurs « identitaires » développer une conception de la laïcité pour le moins originale.


D’un concept républicain qui allie égalitarisme des citoyens devant la Loi et neutralité de l’État à l’égard des confessions, on en arrive, par une pirouette intellectuelle efficace, à un outil qui détermine « des balises identitaires » de vie commune, comme l’explique M. Bock-Côté.


Ce retournement s’explique par la volonté du courant réactionnaire d’entretenir une confusion sémantique entre un véritable processus de laïcisation de l’État et la simple sécularisation des anciennes valeurs de l’Église, naïvement dépouillées de leurs oripeaux spirituels. Or, ce galvaudage parfaitement réussi n’est pas anodin. Il a en fait disqualifié les réformateurs d’esprit laïc empêtrés dans d’interminables justifications pour se démarquer des laïcs autoproclamés « ouverts ».


Par un étrange mimétisme, dans ce qu’ils nomment par opposition « laïcité fermée », ces derniers conspuent le fait de rejeter non pas le culte ou la foi, mais ce que le philosophe Henri Peña-Ruiz appelle des « privilèges temporels » auxquels certains religieux se raccrochent, de la même manière que les identitaires s’agrippent à des vestiges glorieux du religieux d’antan.


Pourtant, une voix laïque et humaniste peut s’affirmer au Québec, sans tomber dans l’ornière de ceux qui s’engagent de façon louable dans l’impasse de la compassion et refusent l’avènement d’une Loi émancipatrice pour, finalement, favoriser le statu quo au profit des forces dominantes.


Il faut donc réaffirmer le principe selon lequel la laïcité traduit un irrépressible désir de vivre ensemble, dépassant l’altérité, pour atteindre une humanité commune. Et cette posture, si elle est résolument opposée à la relégation dans la différence, devient alors le corollaire naturel d’une marche solidaire à la fois éternellement inachevée dans le progrès et respectueuse de l’histoire, et non plus l’avatar du passéisme hiératique.


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Florent Michelot - Le 6 février 2013

11 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 11 février 2013 06 h 44

    La laïcité est un tout. Point.

    La laïcité se qualifie d'elle-même et en elle-même et par elle-même.

    Tout y est dans son intérieur.

    Vouloir la qualifier par l'extérieur la diminuera et la contaminera.

    Laïcité. Point. Je t'aime et t'aimerai. Tu nous unis en ton sein, nous les personnes, nous les humains

  • Michel Lebel - Abonné 11 février 2013 08 h 10

    La religion

    Que de beaux mots pour évacuer toute religion de l'espace public! Plutôt pour y introduire une religion de l'humanisme! On veut sortir la religion, elle revient par en arrière! Conclusion: l'homme semble toujours avoir besoin de religion, car l'homme est en recheche de l'infini, de Dieu. La religion peut le relier à Dieu.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 11 février 2013 11 h 01

      Que de beaux mots (vides) pour maintenir le christianisme dans l'espace public.

      "la religion, elle revient par en arrière": pourriez vous être un peu plus précis? Peut-être parlez-vous du communisme qui n'était pas un humaniste mais idéologique, et a tété remplacé par une dictature élue qui marche la main dans la main avec une église rétrograde et mysogyne, ce en quoi elle n'est pas unique.

      L'homme semble (bien dit: selon l'oeil qui le regarde) toujours avoir besoin de religion, car l'homme est en recherche de l'infini, de dieu (sic)". Mais de quel homme au juste parlez-vous?

      Des statistiques de 1980 donnaient trente quelque pour cent d'athées et d'agnostiques au Canada. Vous devriez en tenir compte (ou du simple bon sens) avant de tenir des propos aussi vaporeux.

      L'Humanisme? Primo, ce n'est pas une religion pour 199.999 de l'humanité, et les dictionnaires, et ma foi c'est quelque chose qui manque terriblement dans le monde actuel dominé par les anciens et les nouveaux dieux: les anciens au nom desquels on tue et oppresse encore, ou les nouveaux dont la dictature est à peine plus douce, comme, entre autres, les dieux dollard, beauté, et jeunesse.

      La laïcité est un concept pour que tous les citoyens soit égaux entre eux et devant l'État, et celui ci indépendant des religions. En ce sens c'est un facteur de rassemblement et non de division comme le sont souvent les religions.

      J'aimerais bien que le Parti québécois se réveille et en tienne compte. Mais est-ce possible?

  • Albert Descôteaux - Inscrit 11 février 2013 09 h 18

    Les religions divisent et asservissent

    La laïcité est la seule avenue pour qu'une société comme la notre, multiculturelle et multiethnique, puisse se développer harmonieusement. Contrairement, aux religions, la laïcité est tournée vers l'avenir.

    On le voit bien dans les écoles que les religions divisent les citoyens dès l'enfance. Puis, les religions galvaudent des croyances et des mythes dépassés, imposent des codes de conduite à leurs adeptes qui servent plus souvent qu'autrement à contrôler et à accentuer les divisions entre citoyens, entre hommes et femmes.

    Dans un état laïc idéal, la religion et les symboles afférents sont absents de la sphère publique. Ceux et celles qui désirent se soumettre aux diktats d'une religion sont libres de le faire à la maison et dans les temples dédiés.

    • Michel Lebel - Abonné 11 février 2013 13 h 12

      @ Céline A.Massicotte,

      Je n'ai pas de problème avec un État laïc, pour autant qu'il respecte pleinement la liberté religieuse et que le croyant(non officier public) n'ait pas à cacher ses choix religieux.

      Quant au besoin d'infini de l'Homme, c'est un constat observable depuis des siècles. L'Homme dépasse l'Homme, il ne peut se contenter de la seule matière. Il cherche plus, du moins la plupart des personnes. Il créera des dieux matériels ou il croira à un Dieu ou des dieux d'ordre spirituel. En Occident, chacun est libre de croire ou de ne pas croire: en Dieu, des dieux(matériels ou spirituels), l'Homme. Mais la plupart des gens croient en quelque chose ou Q(q)uelqu'un!

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 11 février 2013 09 h 46

    La laïcité, pour quelle démocratie?

    La démocratie, c'est d'abord tenir compte de la diversité dans toutes ses institutions. Si la laïcité est une manière de vouloir et d'accomplir l'homogénéité nationale ou communautaire, c'est aller contre l'approfondissement démocratique, parce qu'il s'agit alors d'exclure ou de tenir à distance (la tolérance dans le vieux sens religieux du terme).
    Si comme vous le dites, c'est pour "atteindre une humanité commune", je veux bien, parce qu'il ne s'agit plus ici d'exclusion ou d'embrigadement. Encore faudrait-il s'assurer que "l'humanité commune" soit le résultat d'une réalité sociale et non pas la définition inscrite dans une charte par les tenants idéologues de la laïcité stricte ou républicaine à la française (il n'y a pas de Roms mais des "gens du voyage", ni de corses, ni de bretons ou de musulmans, mais des " citoyens français" incolores inodores et insipides - on voit où cela mène).

    • André Le Belge - Inscrit 11 février 2013 15 h 51

      On voir où ça mène lorsque des citoyens refusent la laïcité pour imposer leur religion, leur communautarisme, la réintroductraditions de pratiques culturelles moyen-âgeuses, leur refus de l'égalité des sexes...

  • André Martineau - Abonné 11 février 2013 10 h 40

    L'humanisme

    L'humanisme n'est pas une religion, elle n'a pas la prétention de relier l'homme à Dieu. Mais la religion se prétend humaniste: elle veut guider les hommes dans le droit chemin. Or ce n'est pas humaniste de prétendre qu'on a la vérité. La religion doit être du domaine privé et l'humanisme, une affaire d'état.
    André Martineau

    • Dominic Lafrenière - Inscrit 12 février 2013 14 h 55

      L'humanisme devient tranquillement une religion, avec ses cérémonies de baptême, mariage et funérailles, ses fêtes aux solstices et équinoxes, sa littérature, et son membership.