Lettre - Forage pétrolier à Gaspé : or noir ou misère noire?

À la suite de la mesure adoptée par le conseil municipal de Gaspé d’interdire le forage d’exploration de sources potentielles de pétrole dans son périmètre urbain, la firme Pétrolia y a suspendu ses activités… pour le moment.


Interviewé à la radio de Radio-Canada la semaine dernière, le président de Pétrolia a dit sans ambages qu’il était plus facile de déplacer les maisons que les sites d’exploitation de ressources naturelles ! Bien sûr, les exemples de cette conception du « développement » se sont multipliés chez nous depuis quelques années. Le scénario est déjà connu : on propose aux propriétaires de maisons ou de terres d’acheter leur bien pour permettre aux compagnies de poursuivre leurs activités. Certains obtempèrent aisément, d’autres refusent et seront expropriés. Le marchandage lié au pipeline entre Québec et Montréal ou au déplacement d’une partie de la ville de Malartic en sont de bons exemples.


Toute opposition à de telles façons de procéder des entreprises est invariablement identifiée comme un refus myope du développement économique, de la création d’emplois. On jette rapidement le voile sur le nombre souvent plutôt limité d’emplois ainsi créés, sur les conditions de travail qui restent fort difficiles malgré les progrès des technologies, sur les dommages environnementaux et sociaux consécutifs à ces activités, ou sur les écarts faramineux entre les profits tirés de ces ressources par les compagnies qui les exploitent et les retombées économiques pour l’ensemble des collectivités.


Ce qui importe, c’est le profit pour une minorité, quel qu’en soit le prix pour la majorité. C’est en d’autres mots ce qu’affirmait le président de Pétrolia.


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Serge Genest - Québec, le 28 janvier 2013

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