Lettre - Chiper quelques biscuits

Hier, je suis allée rendre visite à ma belle-mère, 95 ans, toutes ses dents, souvent acérées par les temps qui courent. Son activité principale, outre manger et dormir, consiste à regarder la télévision. Or, jour après jour, par le truchement de la commission Charbonneau, elle prend acte d’une débâcle majeure.

Ce qu’elle avait considéré depuis sa tendre enfance comme une valeur fondamentale, c’est-à-dire partagée par l’ensemble des membres de sa communauté, lui apparaît maintenant comme une mauvaise farce. Voler, pourquoi pas ?


Elle m’a raconté qu’à l’âge de 8 ans, sa grand-mère modiste lui avait dit qu’au retour de l’école, elle pourrait prendre deux biscuits Village. Cet après-midi-là, elle en avait mangé trois. Mal lui en prit, car, accablée par la culpabilité, elle avait dû s’en confesser et, de surcroît, elle avait mal dormi pendant fort longtemps. Le péché était si grave qu’elle en garde encore aujourd’hui (faites le calcul), un souvenir précis. Vaine lourdeur que tous ces petits fardeaux traînés au fil des ans, car au fond, voler, pourquoi pas ?


Combien serons-nous devant nos déclarations de revenus dans bien peu de temps à nous poser cette même question ? La tentation de chiper quelques biscuits sera bien grande.

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