Lettre - Accommodements à la pruderie

Dans sa lettre au Devoir du 16 janvier dernier, M. Mathieu Sévigny se réjouit des accommodements qui ont été consentis à certaines clientèles minoritaires, « compromis » qui leur permettent d’avoir accès à une piscine publique, ouverte à tous par définition, en contournant justement ces règles d’ouverture sans restriction. Des plages horaires leur ont été ménagées pour leur permettre de nager sans « subir » la mixité sexuelle. M. Sévigny y voit même un avantage collatéral, celui de satisfaire tous ceux et toutes celles qui se disent trop prudes pour oser s’exposer ou se confronter au sexe opposé. Des personnes, il faut bien le dire, qui ont été très discrètes, jusqu’ici, sur cette limitation personnelle d’exception et qui n’ont jamais cru bon de devoir formuler quelque demande singulière pour les accommoder.

À mes yeux, le seul vrai accommodement qui pourrait s’avérer raisonnable dans cette situation est d’offrir à ces clientèles « prudes » une période de baignade en dehors de l’horaire alloué à la baignade libre, qui elle, demeurerait ouverte à tous sans restriction, et de leur demander un droit d’entrée ou d’inscription, comme on le fait pour les cours qui se donnent en piscine. Ceci pour ne pas ronger la période offerte à tous et histoire de faire en sorte que l’exception reste l’exception, dans le but d’éviter un retour à la ségrégation ouverte entre les sexes.


Ainsi, les prudes de tous horizons auront l’occasion de nager plutôt que de rester à la maison (comme le souhaite M. Sévigny) et cela contribuera à financer nos installations publiques, ce qui est aussi un bénéfice collatéral.

3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 19 janvier 2013 08 h 26

    La grande noirceur

    La grande noirceur de l'époque duplessiste est heureusement terminée: la baignade est mixte maintenant.
    Les prudes peuvent faire de la marche ou de la bicyclette stationnaire à la maison s'ils veulent faire de l'exercice.

  • Marie Labonté - Inscrite 19 janvier 2013 09 h 39

    Plages naturistes et... hammam

    Vous avez tout faux en invoquant la pruderie. En Europe je fréquente des plages naturistes sans aucun malaise. À Montréal, si je peux aller m'entraîner dans un gymnase réservé aux femmes ou me baigner entourée de femmes seulement, je choisis ces endroits. Lâchez-nous avec la pruderie. La pudeur, peut-être. La pruderie, non.

    En passant, il n'est pas (encore) interdit au Québec d'être prude. Puisque vous tenez à ce mot.

    Halfahouine, l'enfant des terrsasses... Vous avez vu ce film sensuel qui se passe dans un hammam? Des femmes sensuelles parmi les femmes du hammam en Tunisie. Pas d'hommes, sauf ce jeune garçon d'environ 12 ans qui y accompagne sa mère...

  • Gilbert Talbot - Abonné 19 janvier 2013 12 h 04

    On avait le même genre de problèmes avec les patinoires

    En tout cas, votre lettre a l'avantage de nous sortir du débat sur les accomodements religieux et propose une solution laïque. Je ne sais pas si c'est encore le cas, mais on avait un problème similaire à notre coop d'habitation sur le partage des heures de glace entre les patineuses et les hockeyeurs. Les hockeyeurs étant plus nombreux et plus forts, ils avaient tendance à occuper le temps de glace des patineuses beaucoup moins nombreuses, même si on avait affiché l'horaire sur le poteau de la lumière qui éclairait notre patinoire. Il avait fallu en venir à mettre un surveillant pour faire appliquer le respect des temps de glace alloué. Au final, comme on n'arrivait pas à y mettre bon ordre, l'année suivante on a pas fait de patinoire à notre petite coop. Voilà ce qui arrive lorsqu'on n'arrive pas à faire respecter les droits de chacun, et surtout ceux de la minorité.