Lettre - Un adieu au poète Yves Boisvert

Yves Boisvert était mon ami et complice depuis fort longtemps.


La dernière fois que je le vis, j’étais en compagnie du poète Louis Jacob, notre ami de toujours. Nous étions dans sa chambre aux soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Nous le savions amoindri et fatigué et ne voulant recevoir que peu de visites. Heureux de le voir à nouveau après une heure d’échanges autour de la poésie et de son prochain recueil à paraître, on le vit combattre la fatigue : les paupières lourdes et refusant de s’assoupir, il continua de parler avec ferveur malgré sa difficulté à respirer convenablement.


Je lui dis : « Repose-toi, on reviendra dans 15, 20 minutes. » Lui, avec cet air coquin et franc qui le caractérisait, osa en rire ; soulignant qu’il aurait tout le temps pour dormir - « Assez longtemps, merci », dit-il.


C’est avec lucidité et résignation qu’il était prêt pour ce long sommeil qu’il appelait de ses voeux. Nous en avons parlé ensemble, ouvertement. Notre amitié l’exigeait. Vers la fin de l’après-midi, vint le temps de partir. Sa main dans la mienne, penché vers lui pour l’accolade ultime : on s’est regardés droit dans les yeux. Il le savait. Nous le savions. C’était l’adieu.


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Serge Mongrain, écrivain - Trois-Rivières

1 commentaire
  • France Marcotte - Abonnée 7 janvier 2013 08 h 19

    Les poètes savent mourir

    «Sa main dans la mienne, penché vers lui pour l’accolade ultime : on s’est regardés droit dans les yeux. Il le savait. Nous le savions. C’était l’adieu.»


    Oui, mourir, c'est lâcher la main et aller se fondre à nouveau dans l'univers. On rebrousse le chemin mystérieux qui mène à la naissance.

    Enfant aussi un jour on lâche la main. Vers l'inconnu également.

    Ça fait terriblement peur, tout cela est si étrange.