Lettre - Pour une charte de la laïcité

Pauline Marois promet une charte de la laïcité. J’espère que ce n’est pas qu’une promesse vide. Cette charte est une priorité si on veut vivre au Québec dans un climat de paix sociale favorisant notre développement économique et culturel.


La lâcheté du gouvernement libéral sortant dans ce dossier et dans plusieurs autres (corruption, copinage, etc.) est vraiment un exemple à ne pas suivre pour les jeunes qui ont le goût de s’impliquer activement en politique. Cette charte de la laïcité affaiblira également le pouvoir de petits tyrans politiques municipaux, genre Jean Tremblay, maire de Saguenay, qui aiment mélanger pouvoir politique et religion pour mieux manipuler certains électeurs.


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Robert Boucher - Saguenay, le 15 août 2012

9 commentaires
  • Chantal Mino - Inscrite 20 août 2012 07 h 55

    La Charte de la laïcité proposée par le PQ = une Charte québécoise de l'athéïsme

    Il est clair pour moi que cette Charte de la laïcité proposée par le PQ viendra alimenter nombre de préjugés, de diffamations mensongères et de dénigrement envers tout ce qui n'est pas athée et c'est d'ailleurs déjà commencé dans les médias sociaux et dans les commentaires de certains sur Le Devoir Internet. Je n'ose imaginer les effets d'un telle Charte à l'encontre des droits fondamentaux de plusieurs concitoyen(ne)s qui ne sont pas athées. Cela rappelle le temps des romains avec leur chasse aux sorcières pour éliminer tout ce qui était chrétien sur la place publique ... et nous sommes 2000 ans plus tard ??? Pourra-t-on vraiment parler d'évolution québécoise avec une telle Charte de la laïcité ???

    Où se situe la lâcheté M. Boucher ? Vivre et laisser vivre librement dans le respect de chacun selon ses propres convictions et sans obliger l'autre à agir selon les siennes ou ... imposer ses vues et ses façon de faire aux autres?

    Concrètement, où se situe vraiment le pouvoir des petits tyrans politiques ? Celui qui veut prendre le temps de faire sa prière et/ou qui veut porter le hijab ou le turban dans sa fonction publique ou ... celui qui veut empêcher de faire la prière, de porter le hijab ou le turban chez une personne travaillant dans une fonction publique afin d'imposer ses convictions d'athée publiquement?

    • Pierre Rousseau - Abonné 20 août 2012 11 h 40

      Intéressante discussion, qui doit être faite, mais je trouve votre exemple un peu boiteux... Rome était loin d'être athée et la religion était intimement liée au politique et rien ne se faisait à Rome et dans l'empire sans la religion d'état (par exemple on lisait les augures avant la prise de toute décision importante). La « chasse aux Chrétiens » était justement basée sur le fait que le christianisme était perçu comme un mouvenemnt révolutionnaire qui s'opposait à la religion d'état de l'empire. En d'autres mots, l'empire romain était l'antithèse de la laïcité.

    • Chantal Mino - Inscrite 20 août 2012 13 h 09

      M. Rousseau (20 août 11h40),

      En quoi la « chasse aux non-athées » dans la fonction publique est différente, car justement basée sur le fait que les religions, quelles qu'elles soient, sont perçue comme un mouvement révolutionnaire qui s'oppose à l'athéisme promu sous la vocable de laïcité dans notre société d'aujourd'hui ? En d'autres mots, la façon de pensée de l'empire romain peut très bien se comparer avec celle de plusieurs athées qui ne supportent pas de voir que d'autres croyances que les leurs existent et veulent les tenir sous silence le plus possible afin de faire la promotion d'un quotidien où tout le monde est pareil et complètement neutre, y compris dans leur opinion et leur expression, ce qui va totalement à l'encontre de nos droits fondamentaux.

      Il faut tout de même faire la différence entre liberté d'expression et d'opinion et imposer ses propres convictions aux autres dans le public; que cela vienne de l'un ou de l'autre. Je ne crois pas cependant que la société québécoise doivent s'accommoder constamment en fonction des convictions religieuses de chacun quand il s'agit de brimer la liberté des autres. Comme par exemple, commencer à faire des horaires en fonction du sexe des personnes qui se baignent va aussi à l'encontre des droits de la personne. Ceux qui veulent se baigner sans le sexe opposé n'ont qu'à rester chez eux ou à quitter le lieu public s'il y lieu; il est hors de question de commencer à faire de la discrimination en fonction du sexe au Québec je l'espère. Que ce soit le choix d'une femme de se soumettre et de se garder à son mari, c'est son propre choix en tant qu’adulte libre et éclairée, mais elle n'a pas à nous imposer ses soumissions;ceci me parait bien évident et tient compte de la nuance du quotidien qui nous environne et de notre libre choix.

    • Marc Provencher - Inscrit 20 août 2012 13 h 34

      La réplique de M. Rousseau me semble juste. Par association d'idées et d'époque, je rappelle ces fortes paroles du sympathique Nazaréen: "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu." (C'est dans Mathieu, je crois). Il y a là - curieusement, dirons certains - au moins l'esquisse d'un principe de délimitation entre l'Église et l'État.

      Et je crois aussi que le principe de Cavour "Une Église libre dans un État libre" est tout aussi salutaire pour l'Église que pour l'État.

      Par exemple, devant le très ancien principe coutumier du droit d'asile dans une église catholique, toujours valide de nos jours - et appliqué ici même de emps en temps - l'État doit céder : la police ne peut pas entrer dans l'église. S'il existe ainsi des zones - au demeurant fort peu nombreuses - où l'Église est libre de l'État, n'est-il pas équilibré et logique de considérer qu'il y ait de même des zones - au demeurant fort peu nombreuses - où c'est l'État qui est libre des Églises ? Question de pogner son balant.

      Enfin, je me creuse les méninges pour retrouver quel autre homme d'État italien - très probablement un libéral de la Destra storica ou droite historique, sauf que je ne le retrouve pas - a formulé ce principe bien calibré :

      "Tout comme nous nous opposons à une religion d'État, de même nous nous opposons à un athéisme d'État."

      La neutralité laïque de l'État signifie non l'athéisme, mais le refus de l'État de pencher en faveur d'une doctrine ou d'une autre.

    • Max Windisch - Inscrit 20 août 2012 15 h 19

      @Marc Provencher
      J'aime votre démarche, mais à mon avis vos deux derniers paragraphes sont une erreur. S'il existait une position réellement neutre, je l'accueillerais comme vous. Dans le "rendre à César", c'est la deuxième partie qui est active: ne pas céder à César ce qui revient à Dieu.

  • Marc Provencher - Inscrit 20 août 2012 09 h 39

    Laïcisme ou contrefaçon ?

    Le citoyen Boucher écrit: « Cette charte est une priorité si on veut vivre au Québec dans un climat de paix sociale. »

    Voilà qui est très juste. Car seule, la stricte neutralité laïque de l'État peut à terme assurer la concorde entre les différentes formes que prend la vie spirituelle des citoyens.

    Ou comme le déclarait fort justement le premier ministre libéral Giovanni Giolitti au Parlement italien en 1906 : "L'Église et l'État sont deux parallèles qui vont leur chemin et ne se rencontrent jamais."

    Mais aucun climat de paix sociale ne peut sortir d'une injustice aussi flagrante que celle de ce faux laïcisme du PQ qui entend interdire certains symboles religieux et pas d'autres. Qui peut sérieusement se réclamer de la séparation de l'Église et de l'État avec un gros crucifix en pleine assemblée parlementaire ? Qui peut oser appeler ce travestissement "laïcisme" sans rire ?

    Je transpose ce principe immortel de Giuseppe Mazzini: 'l'égalité de tous les peuples' en 'égalité de tous les cultes'. Jusqu'à récemment, ça me semblait aller de soi, mais puisque le PQ insiste pour faire dans l'ubuesque...

    Bon sang, on ne peut pas construire le Québec sur une telle injustice ! Il n'est pas question qu'une religion puisse avoir ses symboles en plein Parlement et pas d'autres: ça n'a rien de laïque ! Il est plutôt question que toutes les religions organisées mettent une quantité équivalente d'eau dans leur vin, que toutes mettent symboliquement chapeau bas devant l'État libéral (symboliquement: chacun des cultes devrait sacrifier UN symbole religieux spécifique, pas tous, seulement pour certains lieux et moments au demeurant bien peu nombreux, telles les assemblées parlementaires, et non pas bien sûr à la grandeur de la vie sociale).

    Dans son état actuel, ce projet du PQ est rien moins qu'une captieuse contrefaçon du laïcisme, une escroquerie intellectuelle et morale. On se croirait en plein sketch de comédie à l'italienne... le génie de Gassman et Sordi en moins.

    • Max Windisch - Inscrit 20 août 2012 13 h 13

      D'accord avec vous quant à l'inconsistance des positions du PQ.

      Mais en ce qui concerne la valeur intrinsèque de quelque proposition laïciste que ce soit, je la remets en doute en partie, non pas tellement quant au rapport entre l'État et chaque religion, mais quant à la différence des rapports entre l'État et tous les croyants, versus tous les incroyants. Puisqu'on ne peut n'être ni croyant, ni incroyant, il n'existe pas de position véritablement neutre face à cette question. J'ai exprimé mon opinion avec plus de détail dans ces pages:

      http://www.ledevoir.com/politique/elections-2012/3

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/357122/la

      S'il existe des raisons de s'inquiéter de poussées d'intégrismes religieux, il me semble évident que la poussée la plus fulgurante des dernières décennies est celle du matérialisme, dont la cruauté ne fait plus aucun doute, et qui mérite selon moi d'être traité en suspect numéro un.

    • Loraine King - Inscrite 20 août 2012 13 h 30

      Depuis quand un caissière à la SAQ représente-t-elle l'état ?

      Je suis tout à fait d'accord pour telle imposition là ou l'état exerce son autorité, à l'Assemblée nationale ou dans les palais de justice par exemple, mais ce que le PQ propose c'est d'imposer cette restriction à tous les travailleurs de la fonction publique et parapublique. De plus, d'après ce que je lis dans le G&M aujourd'hui, alors que ces employés ne pourraient pas porter un foulard ou une kippa sur la tête, le port d'une croix au cou serait tolérée. Le PQ proposerait donc de banir les signes religieux 'ostensibles' mais jugegerait qu'une croix en or est moins 'ostensible' qu'un foulard. Si la croix autour du cou est tolérée et que la kippa ne l'est pas je pense qu'on parle carrément de racisme.

  • Yvon Bureau - Abonné 20 août 2012 17 h 19

    Urgence

    Il y a urgence de «charter» sur la laïcité. Calmement. Respectueusement. Mais courageusement et lucidement.