Lettre - Des propos à faire trembler

Moi qui pensais que la xénophobie était peu courante au Québec, quelle fut ma profonde déception d’entendre les propos du maire Jean Tremblay concernant la loi sur la laïcité proposée par le PQ.


En entrevue avec Paul Arcand le 15 août dernier, M. Tremblay se disait outré qu’une Algérienne (dont il disait ne pas être capable de prononcer le nom), en l’occurrence Djemila Benhabib, candidate pour le PQ, vienne dire ce que les « Canadiens-français » devraient faire… Il continua son envolée oratoire en soutenant qu’elle « arrivait » d’ailleurs et qu’elle n’avait pas à imposer ses lois.


Il sous-entendait que cela ne faisait pas suffisamment d’années que Mme Benhabib était au Québec (elle est ici depuis 15 ans !) pour « dicter ses règles ». Bon, OK. Je dois vous dire tout de suite que je suis d’origine haïtienne et que je suis au Québec depuis… euh… 34 ans ! La question à se poser est : après combien d’années comme immigrants reçus avons-nous le droit de nous engager politiquement et par le fait même, d’exprimer notre opinion ?


Par conséquent, à tous les maires Tremblay de ce Québec moderne, il faudrait être logique dans votre discours : car d’un côté de la bouche vous dites que les nouveaux arrivants devraient s’intégrer davantage à la population québécoise et de l’autre côté, vous nous dites de nous taire lorsqu’on veut changer les choses… Branchez-vous !


À ceux qui me diront que ce n’est que la minorité qui pense comme M. Tremblay, je réponds que lorsque la minorité est silencieuse c’est une chose, mais lorsqu’un élu avec une tribune aussi importante soutient des propos pareils, c’est très inquiétant.


Honnêtement, je me suis sentie comme un certain soir d’octobre 1995 lorsqu’après avoir inscrit fièrement un « x » dans la case « oui », un premier ministre est venu gâcher le party…


En conclusion, j’invite le maire Tremblay à faire une prière (chez lui si possible !) pour que le petit Jésus lui redonne la raison !


***
 

Natacha Lafrenière - Montréal, le 15 août 2012

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

16 commentaires
  • Gabrielle K. Laflamme - Inscrite 17 août 2012 01 h 26

    Le respect attire le respect

    Très bon commentaires. Avec les nouvelles générations de Québécois, cette minorité xénophobe, je l'espère, devraient devenir de plus en plus marginale et n'auront plus de représentant à la Tremblay.
    Vous faites bien de relever la gaffe du frustré Parizeau de 1995 qui a bousillé un belle chance de se la fermer sur les «ethnies», une blessure qui a été longue à guérir dans le mouvement indépendantiste et qui a retardé son évolution.
    Lorsqu'on reçoit et accepte chez nous un nouvel arrivant, il fait parti sur le champ, il n'y a pas de délai, de notre société, sa société, peu importe ses opinions et leurs conséquences et tout doit se faire dans le respect des uns et des autres.

    • Patrice Hildgen - Abonné 17 août 2012 21 h 41

      la xénophobie n'est pas du tout marginale comme vous le suggérez. Elle se tinte même de racisme très souvent pour les personnes d'origine africaine (du nord au sud) et moyen-orientale. Dans les milieux professionnels, on le perçoit très bien et même dans la vie ordinaire , il n'est pas rare de percevoir cette crainte de la différence qui se transforme facilement en mépris de l'autre. Athé et agnostique, j'ai des amis musulmans pratiquants et non pratiquants, des amis catholiques pratiquants et non pratiquants, des juifs, des boudhistes, des coptes, et même des athés comme moi. Ce qui fait notre amitié c'est la tolérance, l'absence de prosélitisme. Il n'est pas rare que nous plaisantions sur les croyances des uns et des autres, venus d'Europe, d'Afrique d'Asie d' Amérique du sud ou nés , ici d'une longue lignée de québécois ''pure laine'', tous nous sommes la société québécoise actuelle, mos enfants et petits enfants seront celle de demain.

  • Dalva Sammy - Inscrit 17 août 2012 07 h 07

    Octobre 95

    Madame Lafrenière,

    Étant moi même un immigrant de longue date, je suis tout à fait d'accord avec votre texte sauf pour la partie touchant M. Parizeau.

    N'est il pas vrai que la plupart des immigrants choississent le Canada et transigent avec les fonctionnaires canadiens pour les formalités de l'immigration? Par conséquent, il est normale que leur allégeances "initiale" aillent vers le Canada, sans oublier ceux qui immigrent des pays instables et qui sont facilement influençables "toujours initialement" par les discours des tenants du NON.

    Monsieur Parizeau avait dit la vérité, n'en déplaise aux tenants de la rectitude politique.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 17 août 2012 17 h 05

      Vous avez parfaitement raison, Monsieur Parizeau avait dit la vérité, n'en déplaise aux tenants de la rectitude politique.

      Mais pour les médias inféodés au fédéralisme invasif et centralisateur, il fallait faire les vierges offensées devant ces déclarations.

  • Raymond Roy - Inscrit 17 août 2012 07 h 24

    Sondage

    Suivant le sondage cyberpresse d'hier 1 québecois sur 2 appuie le maire Tremblay!
    N'est-ce pas décourageant?

  • François Dugal - Inscrit 17 août 2012 07 h 52

    Au Royaume du Saguenay

    Au Royaume du Saguenay, le ministre Simard de La Baie et le candidat libéral Carol Néron de Chicoutimi endossent les propos du maire Jean Tremblay.
    Ben coudonc ...

    • Monique Bisson - Abonné 17 août 2012 11 h 54

      Monsieur Dugal,

      Si vous avez des preuves des propos de ces personnes, merci de nous les fournir, car il faut dénoncer immédiatement tout discours xénophobe quelle que soit la source.

      Merci Mme Lafrenière d'avoir eu le courage de réagir. Vous et moi, qui suit de souche, nous sommes le Québec d'aujourd'hui avec toutes les Djemila et les Djermanina et c'est ainsi que nous ferons le pays.

      Monique Bisson, Gatineau

  • Fabien Nadeau - Abonné 17 août 2012 08 h 30

    Déraison

    Comme le mot "connerie" n'est pas politiquement acceptable, j'utiliserai le mot "déraison", mais tout le monde saura ce que je veux dire.

    Pas besoin d'être un petit politicien local pour être déraisonnable, mais ça aide à faire connaître sa déraison.

    Mais la controverse illustre une vérité facile à vérifier: nous manquons de formation philosophique, au Québec, de base pour notre réflexion. J'en souffre. Et je ne suis pas à l'âge de retourner à l'école!!!

    Quand on est politicien, j'imagine, ce qui reste à faire, c'est de se cantonner dans son champ de compétence. Ce qui ne doit pas être facile, quand on a une grande bouche.

    Pincez les lèvres, M. Tremblay, puisque réfléchir sept fois avant de parler ne vous est pas accessible.