Lettre - Le drame de Warwick

Encore une fois, il aura fallu attendre une autre tragédie comme celle de Warwick, pour que les médias remettent le spot sur le désarroi de certains hommes aux prises avec des intentions suicidaires qui risquent d’amener leurs enfants avec eux à la suite d’une rupture amoureuse suivie de procédures judiciaires autour de la garde des enfants. Alors s’ensuivent des appels à l’aide qu’André Beaulieu, le directeur général du centre de ressources pour hommes Auton’hommie, entend environ 700 fois par année dont 60 % sont liés à une rupture amoureuse.


Difficile d’éprouver de la sympathie pour un père qui entraîne avec lui ses deux enfants dans la mort et pourtant, ose dire M. Beaulieu, «il le faudrait»… Une sympathie qui devrait se traduire en amont des problèmes conjugaux, à savoir par la création de véritables services d’aide aux hommes en détresse psychologique, actuellement insuffisants et inadéquats, poursuit le d. g. de l’organisme de Limoilou. M. Beaulieu est formel, les ressources manquent…Il est plus que temps que les gouvernants établissent la communication avec ces hommes pour qu’ils puissent être aidés avant de «faire une niaiserie» comme Jocelyn Marcoux, le père de Lindsey et Karen!


***
 

Henri Marineau - Québec, le 12 juillet 2012

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8 commentaires
  • Audrey Simard - Abonnée 13 juillet 2012 09 h 02

    Menaces suicidaires et violence conjugale

    Ayant été intervenante dans un centre de prévention du suicide, je tiens à apporter certaines nuances aux propos de monsieur Marineau. Nombre d'hommes menacent en effet leurs conjointes de se suicider et d'amener leurs enfants avec eux lorsque celles-ci souhaientent mettre fin à leur relation, relation spécifions-le bien souvent inscrite dans un contexte de violence conjugale. La menace suicidaire et homicidaire devient alors un moyen ultime pour contrôler la femme en la culpabilisant, ce pour mieux la retenir. Et s'en prendre aux enfants devient un autre moyen pour atteindre la femme. Sans vouloir minimiser la détresse réelle de ces hommes, je tiens à souligner que plus souvent qu'autrement, ce sont ces femmes, rongées par la peur et la culpabilité, qui font appel aux ressources d'aide en prévention du suicide précisément parce que leur conjoint refuse toute aide et va même parfois jusqu'à les menacer si elles vont chercher de l'aide pour lui. Je me pose donc la question suivante: même si on investissait d'avantage afin de crééer des ressources d'aide spécifiquemment destinées aux hommes, est-ce que ces messieurs accepteraient de de faire appel à ces ressources? Ne vaudrait-il pas mieux investir directement à la racine du problème, c'est-à-dire dans la conscientisation, la prévention et l'éradication de la violence conjugale?

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 juillet 2012 11 h 53

      C'est trop facile. Pourquoi vous est-il impossible de reconnaître que les menaces des femmes de partir avec les enfants (et souvent avec une part importante des ressources financières) peuvent être dévastatrices pour un homme, à qui on enlève tout sentiment d'être utile, à qui on retire le sens de l'existence. Pourquoi faut-il que les suicides des hommes soient nécessairement vus comme du chantage affectif?

      Moi, j'ai vécu comme du chantage affectif -- elle jouait avec mes sentiments avec maestria -- les menaces (finalement mises à exécution) de mon ex de partir avec nos enfants (en dépit d'une interdiction par le Code criminel, article 283, un article qui ne semble jamais appliqué). Et j'ai voulu mourir quand elle a été partie.

      Demandez-vous donc si vous resteriez sereine et souriante si votre chum vous annonçait qu'il était parti avec vos enfants et que toute tentative de votre part de tenter d'entrer en contact avec eux serait contrée par la force policière et ce, sans que celui-ci n'ait rien à prouver contre vous, son seul témoignage étant suffisant.

    • Christian Hubert - Abonné 13 juillet 2012 16 h 08

      La menace suicidaire ou homicidaire, proférée par quelque genre que ce soit, par souci de manipulation ou non, est le signe d’une détresse évidente! Si elle est pratiquée davantage par des hommes, ne croyez-vous pas alors qu’il serait doublement avisé de favoriser le développement de groupes d’aide aux hommes? Les hommes sont moins portés à demander de l’aide, peut-être, mais miser sur ce fait pour invalider la pertinence de développer et faire connaître ces groupes d’entraide m’apparait assez malhonnête et témoigne d’un certain déni que la détresse psychologique peut-être aussi masculine! Comme si le fait de s’occuper aussi des hommes était une façon d’occulter tout le reste…

  • Guy Massicotte - Inscrit 13 juillet 2012 11 h 32

    mauvaise cible

    Le fil des événemnt nous fait comprendre que cette personne a mis fin à ses jours alors qu'elle devait se rendre encore une fois au tribunal. Le problême ne serait-il pas surtout dans les salles d'audiences.

    Et le meurtre de ses propre enfants n'a pas de sexe !

  • Stéphanie LeBlanc - Inscrite 13 juillet 2012 12 h 35

    Détresse et manipulation

    Il est important d'encourager la prise de conscience du problème de la violence familiale, dont le meurtre d'enfant est la manifestation la plus atroce.

    Je pense, comme Audrey Simard, que tout comme il y a des hommes qui se suicident ou tuent conjointe et enfant sans en avoir exprimée auparavant le désir, il y a des hommes violents qui ne multiplient les menaces de suicide, de meurtre conjugal et d'infanticide que pour exercer un chantage sur leur conjointe et la décourager de le quitter ou de porter plainte. Ceux-là ne passeraient pas nécessairement à l'acte, ce sont simplement des manipulateurs.

    Le problème c'est que la déresponsabilisation des coupables chère à notre société risque d'encourager ce genre de méthode pour exercer un contrôle sur des conjointes qui veulent fuir une union malheureuse et empreinte de violence.

  • Éric Trudel - Inscrit 13 juillet 2012 13 h 13

    Le Réseau Hommes Québec: Prévention

    Oui, les hommes vont souvent attendre jusqu'à la crise avant de demander de l'aide. Mais s'ils avaient le réflexe, même quand ça va bien, d'exprimer au fur et à mesure ce qu'ils vivent dans un espace privilégié où ils ne se sentiraient pas jugé. La possibilité de décanter par petit peu leurs remises en question, leur désarrois, leurs frustrations mais aussi leurs rêves, projets, etc. Cela diminuerait les drames extrêmes comme celui-ci. Il y a des hommes qui choissisent de faire cette démarche auprès de d'autres gars prêts à les écouter tel qu'ils sont. Je le sais parce que moi-même je fais parti d'un groupe de gars du Réseau Hommes Québec. Des groupes où on peut parler des vraies affaires, se reconnaître à travers les autres, de voir qu'on est pas seuls. Ça aide à traverser de mauvaises passes. Ah, on est pas obligé de traverser de mauvais moments pour y participer. Il suffit juste d'avoir envie d'écoute d'autres gars qui vivent même les choses que nous.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 13 juillet 2012 15 h 42

    Post-Scriptum:

    J'ai parlé de groupes d'aide aux hommes qui ont des problèmes de violence conjugale, mais en fait j'aurais dû parler de tous les groupes d'aide aux hommes au prise avec des problèmes de violence, et autres et sont sous subventionnés.

    Ce n'est pas pour rien que les hommes agressés sexuellement dans l'enfance ou l'adolescence (alors par des gens en autorité) et ce par des hommes ou des femmes, n'ont commencé que récemment à porter plainte: comme l'a si bien écrit Michel Dorais dans son livre Ça arrive aussi aux garçons, souvent les hommes préfèrent être vu comme des "boureaux" plutôt que comme des victimes, une préférence socialement et culturellement acceptée sinon encouragée, chez eux.

    En clair, et en ajoutant l'insouciance avec laquelle sont traités les dossiers d'accidents du travail (victimes majoritairement masculines), les "peanuts" qu'encourrent alors les compagnies fautives, on est tenté de conclure que la violence dont sont victimes les hommes n'a aucune importance. Et tout ce bordel nous mène où comme société?