Des diplômes scellés au carré rouge

Le gouvernement, les étudiants, les chefs d’établissement et les syndicats de profs souhaitent tous « sauver » la session d’hiver. Gageons que, peu importe si le conflit se règle ou pas, la session sera « sauvée » pour une simple et mauvaise raison : c’est ce que tous les groupes désirent ! Voyons voir : les étudiants ne veulent pas assumer les conséquences de leurs actes ; les professeurs d’université ne veulent pas rater la saison des colloques internationaux ; les professeurs de cégep ne veulent pas changer leurs plans de vacances ; la ministre de l’Éducation ne veut pas porter l’odieux d’annuler la session ; les administrateurs ne veulent pas se casser la tête à digérer un bouchon de 170 000 étudiants qui engorgera le système pour les deux prochaines années.


Face à tous ces alliés objectifs, personne ne défend la valeur des diplômes décernés par les cégeps et les universités. Tout le monde a intérêt à faire semblant que les professeurs peuvent enseigner (et les étudiants assimiler) la matière d’un cours dans le quart ou le tiers du temps qui est normalement requis. Facile ! Suffit de supprimer les travaux de session et « d’alléger » la matière à examen. À tous ceux qui sont tentés par cette lâcheté, dites-vous une chose : quand les étudiants ayant boycotté leurs cours arriveront à l’université ou devant un employeur un peu exigeant, leurs diplômes fondés sur des cours tronqués seront marqués du sceau du carré rouge.



Paul Daniel Muller


Économiste et consultant


en politiques publiques


Le 7 mai 2012

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

18 commentaires
  • Jaber Lutfi - Inscrit 10 mai 2012 05 h 07

    Beau titre mais la suite est triste

    Je crois que les désirs des protagonistes sont moins mesquines que vous le supposez. Les enjeux sont si graves.
    Si j'étais de cette cohorte j’apposerais un carré rouge sur mon diplôme et sur chaque demande d'emploi.

  • Yves Pelletier - Abonné 10 mai 2012 06 h 56

    Drôle de consultant en politiques publiques, qui juge et insulte les motifs de tous les intervenants (sauf, curieusement, le gouvernement). Vous devez donner de vraiment bons conseils. Mais merci de défendre la valeur des diplômes, qui d'autre que vous pourrait y avoir pensé? À part les étudiants, les professeurs et les administrateurs, bien sûr.

  • Patrice Hildgen - Abonné 10 mai 2012 06 h 57

    discour éculé

    Ce discour a déjà été tenu de nombreuses fois (entre autres en mai 1968). La réalité est toute autre. Les employeurs se soucient peu de la date d'obtention d'un diplôme, les congrès internationaux sont répartis sur toute l'année...Le rattrappage de la matière peu se faire dans un temps plus court moyennant un peu d'imagination pédagogique et pour certains cours qui se poursuivent dans la session suivante et on peut retarder l'introduction de certains concepts. Bref ...il y a juste à faire preuve d'un peu de bonne volonté et d'imagination.

  • Richard Laroche - Inscrit 10 mai 2012 08 h 29

    Apprentissage hors cours

    Je suggère aux étudiants de s'organiser entre eux hors du campus et hors du système d'éducation, que les 3ème année enseignent aux 2ème, ainsi de suite. Qu'ils les fassent, leurs études et leurs travaux, qu'ils se questionnent et se corrigent entre eux.

    Qu'un d'entre eux utilise un simple téléphone intelligent pour enregistrer le cours d'un professeur et qu'ils se le partagent sur les réseaux sociaux, hors du système, sans frais.

    Qu'ils ne se présentent qu'aux examens. Et s'ils font bien leur travail, qu'ils démontrent enfin de manière indéniable que tout le système d'éducation peut être repensé pour être beaucoup plus efficace, interactif, télécommunicatif, accessible et surtout, gratuit.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 10 mai 2012 08 h 57

    Dévalorisation

    Le psychodrame actuel démontre le peu de cas que l'on fait de l'éducation supérieure au Québec. Des étudiants encouragés par des enseignants supposément pédagogues sont prêts à s'imposer un moratoire dans l'obtention d'un diplôme pour tenir tête à une décision budgétaire décrétée par un gouvernement responsable, élu pour quatre ans.
    La piètre qualité de leur formation, leur ignorance des principes d'un État de droit, sont soulignées par leur empressement à écouter des chefs qui les enjoignent à résister à un gouvernement légitime tout en évoquant, comme solution, le financement de leur refus de mettre l'épaule à la roue, par des coupes budgétaires dans les universités, alors même qu'ils prêchent une plus grande accessibilité aux études! Après moi le déluge!
    The proof is in the pudding: la logique des étudiants en grève est tordue, et leur combat ridicule. "Continuons le combat!"

    • Sébastien Tanguay - Inscrit 10 mai 2012 12 h 08

      Une chose n'a pour toute valeur que celle que nous voulons bien lui accorder. Et il en va de même de la légitimité, mon cher monsieur.

      Personnellement, lorsque je m'arrête et contemple mon parcours scolaire, je suis prêt à porter une certaine sympathie à la thèse voulant que l'école ne soit rien d'autre qu'une fabrique-à-bons-rouages-sociaux-qui-s'insérent-bien-huilés-et-pleinement-fonctionnels-dans-la-grande-machine-sociale. Rien d'autre qu'une usine à cons, si vous préférez.

      Vous, ou moi, en sommes sans doute la preuve, M. Saint-Cyr.

      Pour ce qui est de la valeur du diplôme universitaire, vous m'accorderez cette vérité: il ne vaut pas grand chose quand il se limite à se présenter à ses cours. L'université est un os après lequel on nous oblige à courir. Mais pour en ressortir rassasier, c'est à l'étudiant-e de mettre la chair autour. Comment?

      Par ses lectures, par son implication, par la profondeur des discussions qu'il s'accorde, lui et ses copains, autour d'une sangria quelque part dans Outremont. Ou en assistant aux assemblées générales de grève, là où la parole et l'écoute sont reines et où l'usage de la langue remplace celui de la matraque.

      Autant de choses que les étudiant-e-s actuellement en grève (ou en boycott, sémantiquons ensemble si vous voulez), et impliqué-e-s dans ce mouvement, s'échinent à faire.

      Ainsi donc rassurez-vous, dormez-en paix et ravalez-moi cette malsaine colère qui vous fait tirer à boulets rouges sur tout ce qui bouge et qui manifeste dans la rue.

      Car l'école de la vie, celle qui m'a le plus appris, diplômera beaucoup de monde cette année.

    • Richard Laroche - Inscrit 10 mai 2012 13 h 02

      Le mouvement des étudiants démontre justement leur connaissance de l'État de Droit.

      Dans une démocratie parlementaire, le législatif (le Parlement) limite le pouvoir de l'exécutif (le gouvernement) : celui-ci n'est donc pas libre d'agir à sa guise et doit constamment s'assurer de l'appui du Parlement, lequel (devrait être) l'expression de la volonté de la population.

      J'ai l'honnête conviction que s'il y avait un référendum, la majorité du Québec serait contre la hausse. On ne se lancera pas sur le débat des statistiques et des sondages commandés et biaisés. Ni vous ni moi n'avons ultimement cette réponse. Seul un référendum nous le dirait.

      C'est cette conviction doublée de l'insatisfaction généralisée envers le régime Charest qui délégitimise la vraie représentabilité du législatif actuel et qui justifie la poursuite du combat.

    • Solange Bolduc - Inscrite 10 mai 2012 15 h 12

      Je vous suis bien, M. Tanguay...Je crois que les étudiants en grève ont plus à apprendre en ce moment que ce que l'école pourra leur donner normalement : Ils s'impliquent socialement, et j'espère qu'ils s'impliqueront tous politiquement en allant voter!

    • Marc O. Rainville - Abonné 10 mai 2012 20 h 48

      On sent comme une crispation de l'âme dans ce commentaire, un rejet de soi qui se manifeste dans celui de l'autre.