Lettres - Autoritarisme sans réserve

Le gouvernement Charest met présentement la table pour de nouvelles élections dès ce printemps. Dans le brouhaha actuel, il espère faire rapidement oublier les affres du gouvernement en matière de corruption. Avant que les choses ne s’enveniment encore davantage pour lui avec la commission d’enquête sur la construction, il préfère prendre tout de suite en otage la cause étudiante, faisant hypocritement de celle-ci l’élément central du futur débat électoral, espérant ainsi faire oublier ses nombreux autres déboires.

C’est dans cette perspective hautement électorale qu’il faut comprendre l’attitude négativiste de Line Beauchamp, une attitude qui ne s’explique que par le désir du gouvernement d’en appeler à la population pour résoudre l’impasse actuelle. Or, il faut bien voir que cette impasse a été créée de toutes pièces et qu’elle a été maintenue artificiellement par le gouvernement jusqu’à aujourd’hui, moment maintenant jugé opportun par Jean Charest pour une éventuelle victoire électorale.


Car, malheureusement, Jean Charest n’a qu’une seule idée en tête : se faire élire pour un autre mandat. Obsédé par le pouvoir, peu importe pour cet homme les dégâts collatéraux qu’une telle victoire électorale peut occasionner. Que des étudiants perdent leur session, que Montréal soit vandalisé, que des étudiants et des policiers se fassent massacrer, que des millions de dollars soient perdus inutilement dans ce conflit, peu lui importe, pourvu que la population oublie pour un moment, grâce à l’ampleur du conflit étudiant, la commission d’enquête et la corruption qui ronge son gouvernement. Autrement dit, toute sa stratégie dans la gérance du conflit étudiant consiste à trouver un instant propice à sa réélection…


Devant autant d’acharnement d’un seul homme à masquer la réalité pour garder le pouvoir, on ne peut que s’interroger sur le type de démocratie en cours. Disons qu’actuellement, le Parti libéral du Québec est le parti d’une seule personne, et ce n’est pas normal ! Faisant preuve d’autoritarisme sans réserve, Jean Charest joue présentement avec ses ministres comme avec des pions. Car il s’agit pour lui de gagner la partie : pas celle du Québec, mais uniquement la sienne, et cela, envers et contre tous !

***


 

Pierre Desjardins, Philosophe - Montréal, le 26 avril 2012

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15 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 30 avril 2012 06 h 19

    Procès d'intention !

    Vous accusez Jean Charest de vouloir se faire réélire de fa^con ignoble et grotesque sur le dos des étudiants... Voyons donc!!!

    Quels précédents dans le comportement de Charest vous autorise à lui attribuer des intentions aussi abjectes?

    • Martin Gauthier - Inscrit 30 avril 2012 10 h 05

      Je trouve amusant la réutilisation en porte-voix du dernier mot sorti de la bouche du Premier ministre. Ici ce dernier mot est "ignoble". :-)

    • Gilles Arpin - Inscrit 30 avril 2012 10 h 06

      Aussi bien écrire que les étudiants font la grève pour prévenir l'élection de Mme Marois...

    • camelot - Inscrit 30 avril 2012 12 h 10

      Vous faites de l'ironie, je suppose.

  • Normand Perry - Inscrit 30 avril 2012 08 h 47

    Aveuglement volontaire!

    L'intervention de monsieur André Chevalier a au moins le mérite de mettre en lumière une chose fort éloquente: c'est que ce dernier ne semble pas observer le déroulement de l'actualité depuis le 14 avril 2003 de la même façon qu'une grande majorité de la population, dont les sondages témoignent depuis quelques années un fort taux d'insatisfaction à l'endroit du PLQ Charest, de l'ordre de 70% en moyenne; et s'il le fait, ce n'est qu'à travers une lorgnette libérale.

    Et la lettre du philosophe Pierre Desjardins en une expression éloquente de ce constat généralisé de la population à l'égard du PLQ Charest.

    Mais il y en a qui ont des yeux et ne voient absolument rien, volontairement ou non, n'est-ce pas monsieur Chevalier?

    Normand Perry
    Philosophe

    • André Chevalier - Abonné 30 avril 2012 17 h 05

      Évidemment, je faisais de l'ironie.
      Je suis rassuré en voyant que personne n'ait appuyé mes dires en les interprétant au premier degré.

  • Michel Simard - Inscrit 30 avril 2012 09 h 06

    Tactique conservatrice

    Jean Charest utilise les mêmes tactiques de l'école conservatrice que son coéquipier à Ottawa, Stephen Harper. Dans les deux cas, mensonges, tromperies, autoritarisme, opportunisme, gestion à la petite semaine, aucune attention aux dommages réels à la société. Mais André Chevalier n'a rien vu des post-it, des garderies, du déficit de 40G$ à la caisse de dépôt. Il a sans doute une mémoire de type libéral-conservateur.

    • André Chevalier - Abonné 30 avril 2012 18 h 55

      Jean Charest a lancé à Pauline Marois qu'elle était ignoble de lui attribuer le projet de semer le chao dans la société québécoise avec le conflit étudiant dans le but de se faire réélire. Pourtant moi-même ainsi que tout mon entourage, y compris ceux qui sont favorables à l'augmentation des frais de scolarité, lui attribuons ces intentions.
      Donc, selon Charest, nous serions ignobles. En fait, Charest serait ignoble et grotesque, selon ses propres termes, de déclencher des élections pour ce motif.
      Pour ma part, j'estime que la seule raison qui l'epêche de le faire, c'est qu'il ne croit pas qu'il pourrait gagner sur cette base.

  • PIELCHAT - Inscrit 30 avril 2012 09 h 08

    Bonnet blanc, blanc bonnet !

    Les élections sont proches et il serait naïf de croire, quel que soit le parti, que cela n’est pas une des préoccupations importantes de chacune des formations politiques; PLQ, PQ, CAC et SQ inclus.

    Comme des élections auront lieu, plutôt tôt que tard, il serait honnête et pertinent que chacun des partis expose à la face de tous, son programme face aux besoins en éducation et quant à d’éventuelles hausses scolaires. Après plus de dix ans de débats sur le sujet, prétendre ne pas avoir de position sur ce sujet crucial serait aussi malhonnête qu’irresponsable. L'éducation est une partie importante d'une plateforme politique.

    Critiquer et rejeter les décisions prises par un gouvernement au pouvoir est peut-être de bonne guerre, mais sans proposition alternative claire, encore plus en période électorale, c’est de la démagogie et de l’électoralisme.

    Diriger, c’est premièrement se faire élire sur la base d’un programme clair et connu, qui reflète sa vision et ses positions. Lorsqu’on est élu, diriger c’est avoir le courage de mettre en place ce programme, qu’il soit ou non populaire.

    Pierre Fournier

    • Martin Gauthier - Inscrit 30 avril 2012 10 h 17

      Peut être, monsieur Fournier, qu'il faudrait plus utiliser le mot gouverner quand il s'agit d'un gouvernement. Et en le faisant, peut être que sous les yeux apparaîtrait la question de qu'est-ce qu'un gouvernement? Si on n'a pas ce type de questionnement vis-à-vis son gouvernement, on en vient à penser que le peuple est une nuisance quand il s'exprime, que le peuple ne peut savoir ce qui est bon pour lui, qu'il n'y a que le parti et son programme qui a préséance. Un gouvernement n'est pas une entreprise.

    • PIELCHAT - Inscrit 30 avril 2012 16 h 45

      @Martin Gauthier

      Définition de Larousse :

      ''Exercer sur un pays, un peuple, le pouvoir politique, en particulier le pouvoir exécutif, diriger les affaires publiques, la vie politique d'un État : Le président qui gouverne les États-Unis. Exercer le pouvoir exécutif, diriger les affaires de l'État''

      Les deux mots ''gouverner et diriger'' se réfèrent mutuellement !

      Je ne crois pas avoir prétendu qu'un gouvernement était une entreprise...

      Le gouvernement, ici, c'est l'organe qui a été élu démocratiquement et qui détient le pouvoir exécutif de l'État.

      Le peuple comme vous dites n'est certainement pas une nuisance puisque c'est lui qui, lors des élections, exerce son devoir de citoyen en choisissant le parti qui formera le gouvernement, gouvernement à qui il délèguera, pour une période déterminée, la direction de l'État.

    • Martin Gauthier - Inscrit 30 avril 2012 18 h 50

      Merci pour la précision du Larousse.

      Bien sûr vous ne parliez pas d'un gouvernement comme d'une entreprise, c'est simplement mon opinion que j'ai déposée, elle n'est qu'un point de vue, juste un point de vue, un partage d'idées tout simplement.

  • Jean Lapointe - Abonné 30 avril 2012 09 h 51

    Mais dans quel but?


    Il est très probable que Jean Charest ne songe qu' à se faire réélire.

    Mais pourquoi voudrait-il se faire réélire si ce n'est que dans le but de continuer la démolition du modèle québécois?

    Et pourquoi travailler à démolir le modèle québécois si ce n'est pour que le Québec ne puisse jamais devenir un pays souverain indépendant d'Ottawa?

    Jean Charest a un plan derrière la tête et il suit son plan.

    L' augmentation des droits de scolarité faisant de l'éducation une marchandise n'est qu'un élément parmi d'autres de son plan.

    Trop de gens s'illusionnent en pensant qu'il va finir par entendre raison sur ce sujet.

    On ne peut absolument pas faire confiance à cet individu. Il travaille contre nous depuis qu'il a été élu la première fois et il est sûr qu'il entend poursuivre son travail de sape. Il ne vise qu'à nous diviser pour que le Canada et le monde des affaires puissent mieux régner.

    Il faut à tout prix convaincre le plus grand nombre possible de nos compatriotes de ne pas voter pour le PLQ lors des prochaines élections.

    Ce serait catastrophique.

    Nous devons reprendre les choses en main en tant que Québécois c' est-à-dire en tant qu' hommes t femmes faisant partie d'un peuple distinct qui tient à tout prix à vouloir être lui-même le maître de son destin.

    N'oublions pas que Charest vise à nous faire disparaître comme peuple.

    Retournons-le d'où il vient c'est-à-dire à Ottawa.