Lettres - De l'espoir...

J'aurai bientôt 70 ans. J'étais de la marche du 22 avril 2012, ma plus récente présence dans la rue depuis celle du 24 juin 1968. Deux « manifestations », deux mondes. Quarante-quatre ans les séparent.

La première est nerveuse, la tension est palpable. Il suffira de quelques agents provocateurs (j'étais là, j'ai tout vu) qui lanceront des bouteilles en direction de la tribune où siégeaient les notables pour que les forces de l'ordre chargent la foule et provoquent une émeute sans précédent et procèdent à des arrestations brutales, dont celle de Pierre Bourgault, porté en triomphe jusqu'au panier à salade qui l'attendait. Dès le lendemain, élection de Pierre Elliott Trudeau.

Une honte pour le Québec, qui aura accordé au Parti libéral du Canada la plus écrasante majorité de sièges qu'il aura obtenue de toute son histoire. Une catastrophe appréhendée pour la démocratie, la volonté de puissance que nourrissait cet homme ayant conduit à la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre deux ans plus tard, puis à un coup de force encore plus violent en 1982, alors que le Parlement d'Ottawa, après une nuit de chuchotements, adoptait une constitution destinée à museler le Québec et à l'enchaîner au giron canadien, sans possibilité de libération conditionnelle.

Non content de cette victoire honteuse, Stéphane Dion fera adopter le dernier garrot de la politique intérieure du Canada par une odieuse et antidémocratique Loi sur la clarté (sic) que désavoueront les justes et les honnêtes citoyens, mais qui recevra la sanction royale le 29 juin 2000...

Douze ans plus tard, la rue est occupée par quelque 250 000 citoyens. L'atmosphère est à la bonne humeur, on sent une énergie et une force tranquilles. Les marcheurs sont joyeux, souriants, confiants. Ils n'ont pas peur. Ils savent qu'ils sont dans leur bon droit. Sur les pancartes, les slogans sont marqués au coin de l'humour ou de la colère, mais toujours avec assurance. Et les messages sont toujours pertinents.

Les chefs de tous les partis politiques du Canada et du Québec sont là, bien sûr, sauf ceux des partis conservateurs et libéraux. Ils sont au pouvoir, comprenez-vous ? Ils n'ont pas par conséquent leur place dans la rue, et ils le savent. Ils ne s'y risqueront pas, d'ailleurs. Pensez donc : ils auront compris que pour bien manipuler l'opinion publique, il faut se tenir loin des foules, surtout si elles se composent de toutes les conditions sociales et qu'elles fraternisent, toutes tranches d'âge confondues.

J'aurai bientôt 70 ans. J'ai le coeur d'un étudiant, j'ai la tête et l'esprit à la poésie. Je suis Villon, Nelligan et Dylan ; je suis Giguère, Vigneault et Miron. Qu'avez-vous à répondre, citoyenne Beauchamp, et vous, citoyen Charest ? Ah non, par exemple, pas une autre de vos farces plates... Prenez le temps de bien réfléchir, s'il vous plaît. Et soignez votre français, Madame la Ministre de l'Éducation. L'espoir confiant est en marche.

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18 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 26 avril 2012 03 h 52

    Mais Monsieur, Monsieur ...

    Mais Monsieur, Monsieur, comment pouvez-vous parler à des citoyens qui n'existent pas ?
    Oui, bien sûr Madame Beauchamp et Monsieur Charest existent. Ils ne sont pas des inventions de l'esprit, je le sais et m'en plains régulièrement.
    Mais citoyens ?!!!!? Citoyens, n'allons pas trop vite quand même...
    Sujets, ils en sont comme nous tous. Oui, sujets de sa Gracieuse Deux, Elisabeth de son aristocratique prénom.
    Mais citoyens... citoyens...!
    Citoyens, ça veut dire égaux dans une république. Ca veut dire tous avec les mêmes droits, valant autant les uns les autres pour le pays habité et ayant le droit stricte d'en devenir même le chef de l'état. Ce qui ne s'applique en rien au Canada, Québec inclus ou exclus...
    A moins, évidemment, que vous ayez déjà et définitivement adopté le sens anglais de "citizen", lui accordant par cela une valeur supérieure au sens du mot "citoyen" en français ? Le premier se rattachant à la possession du simple droit de vote sur un territoire donné et le deuxième, proclamant plus exclusivement la souveraineté d'une nation sur le territoire qu'il habite... Idée finale que je crois partagé par vous, si j'ai bien compris votre texte et l'interpellation aux allures révolutionnaires de sa fin ?
    Enfin bon, ceci dit, pour le reste de votre prise de parole, tout comme probablement bien plus encore, je me plais et tire même un peu fierté personnelle à pouvoir suivre entièrement votre point de vue ...
    Ce que je vous manifeste ce matin par un petit clin d'oeil sympathique, je le souhaite, et sans malice.

    Vive le Québec libre Monsieur !

    • Pierre Schneider - Abonné 26 avril 2012 08 h 42

      Merci de nous rappeler avec pertinence que nous ne sommes encore que des sujets de Sa Majesté et que pour devenir citoyens il nous faudra en finir une fois pur toutes avec nos institutions monarchiques.

    • Richard Chevalier Weilbrenner - Abonné 27 avril 2012 10 h 26

      Réponse à M. Yves Côté

      J'emploie le mot citoyen dans le sens révolutionnaire, c'est-à-dire dans le sens noble... avec en arrière-pensée plus ou moins subtile de rappeler aux deux intéressés qu'ils occupent chacun une fonction qui exige de la dignité et de la noblesse de coeur et d'esprit. Ce qui leur fait cruellement défaut.
      Merci de m'avoir fait part de votre commeentaire.

  • Fabien Nadeau - Abonné 26 avril 2012 07 h 47

    Merci pour ce beau texte

    Et c'est parce que nous avons encore le oeur étudiant que nous sommes descendus dans la rue le 22 mars et le 22 avril. Et que nous descendrons de nouveau: y a-t-il quelque part une manifestation contre ce gouvernement corrompu? Les têtes grises veulent en être.

    • Richard Chevalier Weilbrenner - Abonné 27 avril 2012 10 h 41

      Réponse à M. Fabien Nadeau
      Je devine que vous avez passé le cap de la chevelure noire... je suis moi aussi monté à la rue (comme on dit "monter aux barricades") pour être partie à cette magnifique prise de pouvoir que nous avons déployée avec ferveur et espoir devant ces infâmes colporteurs de mauvaises nouvelles que sont trop souvent des politiciens qui se croient tout permis et qui prétendent détenir le monopole de la vérité. Quelle blague!

    • Oraquan - Inscrit 2 mai 2012 14 h 54

      Juste à joindre les étudiants et les autres manifestants, juste à suivre les belles discutions qui se font ici, juste à encourager tout ce beau travail que font cette majorité de jeunes qui ont seulement bien compris.

  • Diane Leclerc - Inscrite 26 avril 2012 09 h 14

    Bravo !

    Quel beau texte et combien juste !

    Quand donc verrons-nous tomber ce gouvernement corrompu ?

    Et bon commentaire également au sujet du français de la Ministre (qui pourrait d'ailleurs s'appliquer au chef caqueteux). Les représentants des associations étudiantes les dépassent de loin à ce chapitre.

    Nous avons une belle relève, issue de la réforme pédagogique si décriée à tort et à travers. Ne l'écrasons pas sous le poids de notre mesquinerie !

    • Richard Chevalier Weilbrenner - Abonné 27 avril 2012 10 h 53

      Réponse à Diane Leclerc

      Ce gouvernement illégitime ne représente pas le peuple. Il est au service de profiteurs inassouvissables sans scrupules. Voilà pourquoi Jean Charest et Line Beauchamp s'entêtent... et ce faisant signent la fin de leur régime. Ce gouvernement corrompu, comme vous dites, finira par tomber. Mais un danger nous guettera encore : les "caqueteux" salivent à l'idée de remplacer les libéraux. Oui, les remplacer... pour adopter le même comportement que les libéraux. Vivement que le peuple se ressaisisse ! mais pour faire la même chose qu'eux

  • Robert Henri - Inscrit 26 avril 2012 10 h 08

    Un seul mot

    Merci!

    • Richard Chevalier Weilbrenner - Abonné 27 avril 2012 10 h 53

      Réponse à M. Robert Henri

      Merci !

    • Oraquan - Inscrit 2 mai 2012 14 h 56

      Merci, Merci !

  • Raymond Richard - Inscrit 26 avril 2012 10 h 46

    Merci Monsieur

    Moi aussi à 61 ans j'ai marché le 22 mars dernier. Et j'ai encore marché le 22 avril.

    J'ai d'abord marché parce que ce gouvernement a pelleté ses problèmes vers la génération suivante après l'avoir lourdement engagée dans une situation financière qui la handicapera, je pense ici à ses douteuses décisions économiques en regard du bien commun. Du jamais vu dans l'histoire politique de ce pays.

    Puis j'ai ensuite marché parce que nos gouvernants ont utilisé de moyens subtils mais violents envers les étudiants, et qu'il a souvent été de mauvaise foi.

    Pour moi, les étudiants sont les enfants de la nation. Il faut en prendre soin, pas les mépriser. Où est la DPJ?

    Force est de constater que cette colère étudiante se situe dans une continuité historique: de 1968 à aujourd'hui, le coeur des revendications de chacune des grandes grèves reste le même: l'accessibilité aux études.

    Jeunes, nous avons déjà mené ce combat, génération après génération d'étudiants.

    Nous ne pouvons abandonner maintenant.

    • Richard Chevalier Weilbrenner - Abonné 27 avril 2012 11 h 05

      Réponse à M. Raymond Richard

      Si j'ai bien compris ce que j'ai entendu à la radio ce matin, une augmentation de 0,8 % de l'impôt sur le capital des banques permettraient d'adopter l'accès gratuit aux études. Comment comprendre que le gouvernement actuel ne le sache pas ??? Ou feint de l'ignorer ??? En ce qui nous concerne, il ne faudra pas l'oublier quand sonnera l'heure de la prochaine élection générale... et le tocsin pour le régime libéral !

    • Oraquan - Inscrit 2 mai 2012 14 h 57

      On a bien compris !