Lettres - Le dragon de Quomodo

Il est un immense lézard carnassier du Pacifique Sud dont la voracité n'a d'égale que la ruse. On l'appelle le dragon de Quomodo. Il se nourrit de tout ce qui bouge, mais il n'est pas assez rapide ni sa dentition assez puissante pour abattre ses plus grosses proies. En meute, il encercle donc, par exemple un bœuf, et lui inflige des blessures multiples aux jambes avant de le laisser à nouveau brouter. Deux ou trois jours après, les blessures se sont infectées à un point tel que le bovin s'écrase au sol, vidé de ses forces. Le dragon et ses comparses lui sautent alors dessus, sans même attendre son dernier souffle.

La culture et l'identité d'un pays sont un trop gros gibier pour le mettre à mort d'un seul coup: et le gouvernement s'y est déjà piqué. Sous le couvert de la réduction du déficit, les morsures sont devenues des diminutions de budget, pas si grandes qu'elles assassinent, mais si mauvaises qu'elles affaiblissent dangereusement la capacité des organismes touchés à remplir leur mandat. Et c'est beaucoup plus facile de dénigrer puis de mettre à mort à un organisme qui fonctionne mal...

Ce procédé vicieux, qui s'abat aussi sur l'aide internationale et sur le développement durable, tient d'une politique que ni les Canadiens ni les Québécois n'ont choisie ou débattue, mais nous avons collectivement et personnellement le devoir de réagir. Oui, il y a les médias sociaux et les journaux, mais plus encore, dans notre travail quotidien de réalisateurs et de réalisatrices, nous devons prendre un soin jaloux de la qualité de notre travail, du sens de nos oeuvres et de la valeur de chaque dollar qu'on nous confie.

Comme citoyens, parce que nous ne sommes pas que des consommateurs, chacun de nous doit lire, s'informer, parler à son entourage et profiter de toutes les occasions pour laisser savoir que nous croyons en la civilisation plus qu'aux dollars, au partage plus qu'à l'exclusion. Nous devons combattre toute tentation de repli devant le nombre et l'absurdité des décisions qui sont prises par ce gouvernement et des arguments spécieux avec lesquels il veut nous empoisonner.

Les mâchoires du dragon ne seront pas assez fortes si nous réussissons à contenir l'infection.

***

François Côté, Réalisateur et président de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec - Le 13 avril 2012

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3 commentaires
  • Jack Bauer - Inscrit 17 avril 2012 00 h 18

    ''Auto-reproduction''

    Apparament il y a eu une dragone de komodo qui est tombée enceinte des années après avoir été transportée a un zoo duquel pays je ne me souviens pas.

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 avril 2012 14 h 20

      Ça s'est passé deux fois, en Grande-Bretagne.

  • Sylvain Auclair - Abonné 17 avril 2012 09 h 12

    On écrit Komodo

    Pas Quomodo (qui est le mot latin pour «comment»).