Lettres - Monsieur Charest, cessez de faire peur aux enfants!

Lundi matin, retour de la relâche. Les élèves se parlent de leurs vacances. Léa (nom fictif), 8 ans, raconte qu'elle a participé à la manifestation avec ses parents, mais qu'elle n'a pas aimé quand les policiers sont devenus agressifs. «Ils ont même lancé une bombe dans l'œil du musicien!

— Une bombe?»

Les enfants s'agitent. Il faut dédramatiser. Je cabotine:

«Pas une vraie bombe. Une bombe fumigène. C'est comme une bombe puante, mais ça fait de la fumée!» Ouf! Ils se détendent un peu. Deux récits de vacances plus tard, Manuel prend la parole à son tour.

«Moi, je suis allé au travail avec papa et, en revenant, il y avait des voitures de police partout autour de chez moi. J'habite près du pont. Ils croyaient que les étudiants allaient le bloquer, mais ils ne l'ont pas fait. Je n'ai pas aimé voir autant de policiers en noir. Ça faisait un peu peur.»

N'y tenant plus, Gabriel intervient:

«Tout le monde parle de manifestations et de policiers, qu'est-ce qui se passe au juste?»

Il me regarde. Il attend. Je suis en terrain miné. Je suis professionnelle. Je ne vais pas discuter de mes opinions personnelles avec mes élèves de 8 à 10 ans. Je relance Léa: «Toi, tu as participé à la manifestation. Peux-tu expliquer pourquoi elle avait lieu?

— C'est parce que le gouvernement veut augmenter les frais de scolarité à l'université. Si on ne fait rien, ça va nous coûter 3000 $ par année quand on va être grands!

—3000 $! Il faudra être riches pour y aller!»

Les enfants sont vraiment inquiets. À peine au milieu de leur scolarité primaire, ils comprennent que la hausse des droits de scolarité les menace directement. Le climat est soudain morose. Pour calmer le jeu, j'explique:

«Il n'y a pas lieu de paniquer. Le gouvernement n'a pas pris sa décision finale. Monsieur Charest réfléchit.»

N'est-ce pas que vous réfléchissez, Monsieur Charest?

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Marie-Josée Latour, enseignante - Le 17 mars 2012

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