Lettres - Ne tirez pas sur mes élèves!

La grève des étudiants, version printemps 2012, vient de s'installer partout au Québec et ne s'éteindra pas de sitôt si le gouvernement libéral et ses forces de l'ordre s'acharnent à maintenir une politique belliqueuse, sournoise, calquée sur les débordements violents des pays antidémocratiques qui, en ce moment, nous donnent à constater le pire de ce que l'homme est capable de faire. Exemple: la Syrie.

Les nouvelles méthodes d'intervention de l'escouade antiémeute de Montréal semblent directement issues d'un cours (trois crédits) donné par un illustre tortionnaire et préalable au programme «Vers la guerre civile».

J'enseigne depuis 20 ans à ces manifestants. Je les connais presque tous. Ils sont déjà l'avenir. Médecin, agronome, biologiste, économiste, professeur, ingénieur, avocat, géographe, historien, sociologue, linguiste, dentiste, informaticien, architecte, etc.

Non seulement je les connais, mais avec le temps, j'ai fini par tous les aimer, les meilleurs comme les pires, les premiers de classe comme les cancres, les rebelles, les «rien à foutre», les timides, les «talents en devenir», les paresseux, les «têteux de prof», les génies, les sages, les hyperactifs, les endormis, les «grands enfants»... Je les aime tous. Je leur enseigne la littérature, la langue française et, au-delà de Madame Bovary, L'étranger, L'homme rapaillé, je leur enseigne à comprendre le monde dans lequel nous vivons, ses faiblesses, ses valeurs. C'est beaucoup.

Ils sont maintenant dans la rue à revendiquer ces valeurs: justice, solidarité, avenir, et celles, sous-jacentes, issues de mon cours sur le Romantisme: injustice, solitude, no future. La grève prendra fin comme toutes les grèves. Nous retournerons tous en classe. Ces élèves tant décriés aujourd'hui deviendront de grands contribuables sûrement et changeront mille couches de mille gouvernements.

De grâce, policiers, un peu de «gestion de classe», ne tirez pas sur mes élèves!

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Jean-François Poupart, Professeur au collège Édouard-Montpetit - Le 9 mars 2012
13 commentaires
  • jpz - Abonné 10 mars 2012 06 h 19

    Bravo et merci

    Les forces de l'ordre sèment le désordre,
    SVP revenez au GBS et un peu de civilité SVP.

    Ce n'est pas avec les gros bras et la violence gratuite qu'on contrôle le rationnel des manifestations anti abus politique.
    Il faudrait obtenir une loi de rejet d'un gouvernement incompétent abusant de ses pouvoirs ; ( empeachment law ).
    Tout comme les élections à date fixe incontournable pour éviter les magouilles politiques.

  • michel lebel - Inscrit 10 mars 2012 07 h 51

    Discernement oblige!

    IL ne faut pas exagérer! Le Québec actuel n'est pas la Syrie actuelle! Les policiers ne tirent pas sur les étudiants! Discernez, de grâce, monsieur le professeur!

  • Paul Gagnon - Inscrit 10 mars 2012 09 h 04

    Enseigner la langue française - No future ?

    Ils « changeront mille couches de mille gouvernements » et chercheront mille façons de ne pas payer d'impôt.

  • Michele - Inscrite 10 mars 2012 09 h 13

    Traitement méprisant des futurs payeurs de taxes

    Ces jeunes payeront au cours de leur vie de travailleur, bien plus que leur juste part, ce probablement sans bénéficier de toute les largesses du système actuel. Il vont à l'école pour devenir des citoyens responsables. Ils luttent pour préserver ce privilège. Ils méritent qu'on les écoute sans se faire tabasser.

    À l'heure actuelle, la tactique privilégiée pour remplir les coffres du public et du privé semble cibler les jeunes. Hormi le gouvernement qui modifient les termes contratuels en santé et en éducation, les syndicats choississent également dans le cadre de leurs négociations de modifier des acquis telles que les pensions. Les décideurs font ces choix sans consulter cette jeunesse qui aura à vivre avec ces décisions.

    Dans ce contexte, pas étonnant que les jeunes sortent dans la rue, c'est toute une génération qui devra non seulement payer plus cher pour devenir payeur de taxes mais encore qui payeront les pensions des générations précédentes auxquelles ils n'auront jamais droit. Il faut mettre un frein à cette tendance.

    C'est pour quant la baisse des salaires des ministres et des députés, le réajustement du droit de retraite pour les élus, l'abolition des primes de départ des dirigeants, le contrôle des profits des banques, l'augmentation des redevances dans le secteur des ressources naturelles?

  • Nimporte quoi - Inscrit 10 mars 2012 10 h 00

    Voilà du bon sang!

    Bonjour,

    Plein de bon sang et du baume au cœur!

    Voilà un grand penseur, un grand professeur à faire pâlir notre élite politique. C'est tellement simple. Vous ne pouvez pas faire du lobbyisme partout ;- ))

    Un flic fait ça job, il a été formé pour ça. Et on connaît tous l'abrutissement d'une foule en colère, tant pour le manifestant que le policier. Mais les cancres derrière qui prennent la décision de mettre de l’huile sur le feu? Ce sont des incompétents dangereux pour la population. Combien de crédits faut-il pour prendre une telle décision et surtout avec quelle logique? Pour donner une mauvaise image aux manifestants, qui seront demain ceux la même qui vont mettre à jour vos grenouillages...

    D'autre part, les accommodements, vous connaissez? Voilà un mot qu'on devrait comprendre au lieu de vouloir le légiférer.

    « Une dame veut passer les manifestants pour aller à la clinique. Si nos policiers étaient de véritable protecteur du citoyen, ils auraient premièrement notre respect. Ensuite, il aurait très bien pu l'accompagner et demander aux manifestants de passer pour lui permettre d'aller à la clinique. »

    Un accommodement QUE NOS JEUNES auraient sans doute accepté. Voilà du civisme.

    Quand le feu est trop gros, un pompier attend en sécurisant les alentours. Il ne fait pas le macho! Et il s'agit d'une maison en flamme, pas de jeunes espoirs en quêtes de justice et de démocratie!

    Plus ça change et plus c'est pareil. Parce que le pouvoir corromps, et le pouvoir absolue corromps absolument. Tout est à refaire, à chaque génération.

    Mais il y a toujours de l’espoir. La violence d'un état est davantage condamnable bien qu'elle ne sera jamais jugée par ces pères. Mais l'histoire s'en chargera à l'aide des valeurs que vous semez aujourd'hui. Contrairement à la police qui cultive la haine et la violence.

    Mille bravos! C'est pour nos enfants et des gens comme vous que je paye des impôts.

    Merci.