Libre opinion - Le point décisif

Le 6 juin dernier, je démissionnais du Parti québécois pour retrouver ma liberté de parole, que j'exerce depuis ce jour avec un grand bonheur. Cette sérénité et ce plaisir que je ressens à exercer ma fonction de députée en toute liberté me poussent tout naturellement à terminer mon mandat en douceur. Je n'ai plus aucune ambition politique personnelle, ayant depuis longtemps pris la décision de ne pas me représenter aux prochaines élections générales.

Pour autant, ce n'est pas sans un certain déchirement que j'ai quitté un parti auquel j'ai consacré plus de 40 ans de ma vie. Je n'ai d'ailleurs jamais même songé à adhérer à une autre formation politique.

J'ai pris ma décision du 6 juin en connaissance de cause, pour des questions de principe qui me tenaient à coeur et j'en ai assumé toutes les conséquences. Depuis ce temps, le Parti québécois et madame Pauline Marois ont posé des gestes forts en faveur du renouveau démocratique. Le vote libre des députés et les référendums d'initiative populaire, qui s'ajoutent à la volonté de tenir des élections à date fixe et de limiter le pouvoir de l'argent en politique, en témoignent. J'ai eu l'occasion de saluer ces avancées démocratiques qui sont à mon sens essentielles. Manque à l'appel, cependant, l'instauration d'un mode de scrutin proportionnel.

la suite du conseil national de janvier dernier, bien des dirigeants, des amis et des militants du Parti québécois m'ont demandé de revenir, soulignant que certaines des raisons ayant motivé ma démission sont disparues. C'est vrai, mais le temps est-il vraiment mûr pour cela?

Depuis longtemps, comme madame Marois et des millions d'autres Québécois, j'ai milité, rêvé, désiré intensément que le Québec devienne un pays. Parce que pour moi, c'est l'aboutissement normal de notre parcours de plus de 400 ans. Parce que la liberté politique est une belle et bonne chose. Parce que je vois très clairement la contribution que notre nation peut offrir au monde. Parce que nous sommes quelque chose comme un grand peuple, comme l'a si bien dit René Lévesque. Ces raisons suffisent amplement à justifier la passion politique de toute une vie.

De surcroît, un sentiment d'urgence m'envahit et il est de plus en plus pressant. Une part importante de ma contribution publique s'est exercée au niveau international, pour ouvrir des fenêtres au Québec sur le monde. Or ces fenêtres sont en train de se refermer.

Le gouvernement conservateur en place à Ottawa représente l'antithèse de ce que souhaite majoritairement notre nation. Dans tous les domaines, ce gouvernement rétrograde nous rapetisse, nous rabaisse, nous éloigne de nous-mêmes.

Demeure une seule issue

Pour éviter l'enfermement politique, il n'existe qu'une issue, selon moi, et c'est l'indépendance du Québec. À la veille d'élections générales, le Parti québécois est, de mon point de vue, le mieux en mesure d'assumer le leadership pour nous faire franchir ce pas existentiel, pour autant qu'il soit fidèle aux principes de son fondateur en liant de plus en plus et de mieux en mieux indépendance, démocratie et pouvoir citoyen. À la condition aussi, bien sûr, que se concrétise, le moment venu, une grande alliance des partis souverainistes et des indépendantistes de toutes sensibilités. Nous devrons nous rassembler pour réussir.

Dans les prochaines semaines, je vais, par conséquent, consulter les électeurs et les électrices de ma circonscription en leur demandant, notamment, si je dois, ou non, selon eux, dans ce même esprit de ralliement, rejoindre le Parti québécois de Pauline Marois.

Quelle que soit l'issue de cette consultation, je continuerai à exercer mes fonctions et servir mes concitoyens de Rosemont jusqu'au terme de mon mandat. Je vais ensuite quitter la vie politique et je ne serai plus députée. Personnellement, je n'ai plus rien, ni à gagner, ni à perdre politiquement. Collectivement, par contre, nous avons, me semble-t-il, beaucoup à perdre et tout à gagner.

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Louise Beaudoin, députée de Rosemont

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