Lettres - Hockey: un peuple soumis et heureux de l'être!

Les Québécois n'hésitent jamais à encourager leur club de hockey en criant à pleins poumons «Go, Habs, go!», et cela, sans même s'interroger sur le sens péjoratif qu'avait naguère cette expression pour désigner la nation canadienne-française. Il n'y a pas si longtemps, l'abréviation Habs servait en effet à dénigrer l'état socioéconomique de nos ancêtres, soit celui de l'habitant canadien-français qui, dans l'esprit des Canadiens anglais établis en ville, restait un colon rustre, pauvre et peu instruit, mais qui, habitué aux durs travaux de la ferme, était très fort et savait bien se servir de ses bras, mais, malheureusement, peu de sa tête...

Qu'une insulte à un peuple soit devenue le leitmotiv pour encourager son équipe de hockey est pour le moins révélateur: cela va dans le sens de ce qui est arrivé à Maurice Richard ou à de nombreux autres joueurs d'ici qui ont eu à sacrifier leur fierté et leur langue pour accéder à la NHL.

Et ce qui arrive présentement avec la nomination d'un entraîneur anglophone unilingue à la tête des Canadiens est du même ordre. Quand on accepte de hurler sa propre infériorité intellectuelle pour encourager son équipe, il y a quelque chose qui cloche. Gros bras, petite tête: est-ce là ce qui nous décrit encore aujourd'hui? Bons pour les travaux en usine ou sur les chantiers, mais sûrement pas bon pour les diriger!

Alors, pourquoi se scandaliser de la nomination d'un unilingue anglophone à la direction de notre équipe de hockey? Un bon boss, aurait dit Yvon Deschamps, n'est-ce pas ce qu'il y a de mieux? Qui d'entre nous oserait exiger autre chose? La langue de travail de plusieurs Québécois n'est-elle pas déjà l'anglais et les partisans ne se font-ils pas une gloire de «switcher» en anglais dès qu'ils en ont l'occasion?

Cette langue est la langue de ce que l'on veut, mais que l'on n'a jamais eue comme peuple: l'argent et la victoire! Quand on se sent «loser», l'important n'est-il pas alors de gagner, que ce soit en chinois ou en russe, peu importe? Pourquoi ne pas remplacer le slogan Je me souviens sur nos plaques d'immatriculation par le Go, Habs, go! beaucoup plus conforme à ce que nous sommes comme peuple: des colons hébétés déménagés en ville? Le jour où nous descendrons dans la rue et boycotterons les matchs de hockey au Centre Bell, on saura que quelque chose a changé! D'ici là, bon match!

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Pierre Desjardins - Montréal, le 18 février 2012

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