Lettres - Pierre-Hugues Boisvenu doit démissionner

Monsieur le sénateur,

La croisade que vous avez entreprise en faveur du rétablissement de la peine de mort («à l'occasion») va à l'encontre des valeurs d'une majorité de Canadiens. Peu importent les prétextes évoqués (ici pour les tueurs en série, dans d'autres pays pour les déviants ou pour les opposants d'un régime politique), l'abolition de la peine de mort a fait l'objet d'un débat au Canada dans un passé encore récent.

Je me souviens de l'époque où celle-ci avait cours au pays et me réjouis que cette époque soit révolue. Je frémis à l'idée que l'argument économique que vous évoquez à l'égard des coûts de la détention de prévenus puisse être bientôt mis en balance lorsqu'il s'agira d'évaluer l'utilité de soins de santé de longue durée pour une population vieillissante ou ceux de services pour des personnes non productives, comme certains régimes partageant vos vues l'ont fait, de triste mémoire, au siècle dernier.

Lors de la dernière campagne électorale, le gouvernement qui vous a engagé et nommé sénateur a donné aux électeurs l'assurance qu'il ne relancerait pas le débat sur la peine de mort. Vos prises de position d'hier, et que vous réitérez depuis, contreviennent à cet engagement. J'aime à croire que vous aurez l'intégrité de remettre votre démission du Sénat canadien, que vous déshonorez.

***

Pierre MacDuff - Montréal, le 2 février 2012

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6 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 6 février 2012 05 h 06

    Au-delà du déshonneur...

    Il faut savoir que son patron, Harper, l'a nommé sénateur sachant pertinemment bien qu'il instrumentait le désir de vengeance de monsieur Boisvenu et s'en sert à son propre agenda moral.
    Quant à l'appel à mort d'homme, il est stipulé dans le code criminel que nul ne peut encourager le suicide d'un citoyen, emprisonné ou non. À ce titre, le ministre de la Justice du Québec devrait entreprendre des procédures contre le citoyen Boisvenu à cet effet. De plus, l'intervention de ce citoyen (dont la position ne lui permet pas d'être au-dessus des lois) amène un désordre : en plus d'être sentencé pour la prison à perpétuité, le citoyen coupable de meurtre devrait, en plus, être sentencé à la peine de mort: ce qu'on appelle une double peine.

  • Marc-Antoine Daneau - Inscrit 6 février 2012 05 h 06

    Des promesses...

    Quelqu'un de surpris? Les conservateurs canadiens relancent de débat la peine de mort et bientôt probablement sur l'avortement, pire encore, ils sont au début d'un mendat majoritaire. Il n'en tient qu'à nous d'avancer, pour vrai, si le Canada décide de reculer.

  • Vic - Inscrit 6 février 2012 05 h 30

    Bien dit...

    Canadiens de toutes tendances, oyez, oyez !

  • Jean_Yves - Abonné 6 février 2012 08 h 41

    Vous vous trompez monsieur MacDuff.

    Monsieur Boisvenu a bien préciser être contre la peine mort, et ce dans la même phrase ou l’on retrouve le propos que lui reproche le monde médiatique.

    De plus, même si ce n’est pas le propos de m. Boisvenu, il n’y a pas de majorité contre la peine de mort au Canada.

    Je vous suggère de bien écouter l’ensemble du propos de monsieur Boisvenu, et non pas un extrait de phrase. Vous avez ce propos disponible au début de l’émission du 2 février de Maisonneuve en direct de la radio de R-C.

    http://www.radio-canada.ca/emissions/maisonneuve_e

  • Lise Moga - Inscrite 6 février 2012 10 h 23

    Pourtant, ils sont contre la peine de mort

    Les médias et un petit groupe de bien pensants ont voulu faire des propos de M. Bienvenu, le scandale du siècle. M. Bienvenu a dit être CONTRE la peine de mort. Mme Isabelle Gaston a également déclaré être contre la peine de mort. Ces deux personnes ont remis en cause les décisions de remettre en liberté des gens qui ne sont pas réellement réhabilités ou sérieusement "soignés", si maladie il y a. Il faut du temps à un meurtrier ou à un malade, pour réaliser l'ampleur de l'horreur qui a été faite. On est pas dans le domaine de la pensée magique ici.

    Il faut du temps pour s'avouer être ce criminel ou ce malade qui bousille la vie de quiconque: Michel Dunn a mis 7 ans et l'épouse de sa victime en a mis 25 ans. Quand ta famille est anéantie comme ça, par un coup du destin, la réhabilitation a besoin de se situer ailleurs que dans les grands principes de quelques énergumènes qui ont toujours le lynchage prêt à être enclenché dès qu'une idée ne correspond pas à la leur.

    De plus, une science inexacte telle que la psychiâtrie, ne devrait pas avoir tant de poids, dans le processus judiciaire et la réhabilitation a besoin d'avoir d'autres buts que de permettre de désengorger les prisons si elle veut donner à 69% de la population, des raisons de croire à la justice telle qu'elle se pratique présentement. Les propos de M. Bienvenu, provoqués par une pelure de banane lancée sous ses pas, devraient être le sujet de nos réflexions sur la justice telle que servie, beaucoup plus qu'une occasion de remettre sur la table la peine de mort dont il a pas été question lors de l'incident, seulement pour la désapprouver.