Lettres - Sous la pointe, l'iceberg

Il y a pire dans notre ville que quelques cadres supérieurs qui ne parlent pas français: on y pratique la discrimination linguistique en masse.

Je travaille comme recruteur à Montréal. Je suis au premier plan pour vous assurer que pour 80 % des postes pour lesquels on exige l'anglais, celui-ci ne sert qu'à discuter qu'avec les anglophones de Montréal. Cette exigence de bilinguisme n'a rien à voir avec l'anglais langue internationale des affaires. Il ne faut d'ailleurs pas confondre langue internationale d'affaires et langue de travail. Il ne faut pas oublier que nous sommes au Québec, que le rejet d'une candidature unilingue francophone est un acte de discrimination selon la Charte des droits et libertés et la Charte de la langue française. Sous le faux couvert d'une langue des affaires, le marché de l'emploi redevient soumis à la bonne vieille discrimination socio-ethnique. Il faut arrêter de parler de bilinguisation de la main-d'oeuvre. Ce qu'il faut, c'est assurer un environnement de travail en français.

Chaque jour, les agences de placement de Montréal discriminent systématiquement des candidats sur la base linguistique, et cela, au grand mépris de la loi. Cette discrimination s'effectue à grande échelle. [...]

Je crois qu'il faudrait commencer à envisager des recours collectifs contre les agences de placement avec tous ceux qui se sont fait refuser ces dernières années le droit fondamental de pouvoir exercer leur métier.

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Eric Warren - Le 14 décembre 2011
8 commentaires
  • GLabelle - Inscrit 15 décembre 2011 01 h 28

    magnifique témoignage

    j'espère que vous garderez votre emploi longtemps!

  • Stephanie L. - Inscrite 15 décembre 2011 08 h 29

    Merci M. Warren!

    Merci M. Warren de remettre les pendules à l'heure! Il est grotesque que dans une société majoritairement francophone, on continue à n'exiger un bilinguisme parfait que des unilingues francophones en utilisant abusivement le prétexte de la langue internationale alors que dans les faits, la majorité des emplois où le bilinguisme est exigé n'implique aucun contact avec l'étranger.

    En réalité, on cherche uniquement à accommoder des unilingues anglophones qui refusent d'apprendre le français et qui se demandent sûrement pourquoi ils se donneraient la peine de l'apprendre puisque nous acceptons ce système de deux poids deux mesures sans même réagir! Quant aux allophones, nous ne leur rendons nullement service en leur parlant systématiquement en anglais puisque nous les privons alors de la possibilité d'apprendre le français (ou d'améliorer les notions qu'ils en ont) par immersion. Ils n'en auront que plus de mal à s'intégrer.

    L'exigence du bilinguisme crée un clivage de plus entre les citoyens, notamment entre les riches et les pauvres et entre les personnes ayant fait des études post-secondaires et ceux qui n'ont d'un diplôme d'études secondaires. La connaissance de l'anglais est en train de prendre une place disproportionnée dans nos priorités au point de négliger le reste. On voit de plus en plus d'offres d'emploi où on exige le bilinguisme mais où le seul diplôme exigé est un DES!

    Sommes-nous si nostalgiques de l'époque où la majorité des patrons ainsi que tout ceux qui tenaient les rênes de la société québécoise étaient anglophones alors que les francophones étaient traités comme des citoyens de secondes classe?

  • Paul Gagnon - Inscrit 15 décembre 2011 08 h 47

    La vraie question

    Depuis la promulgation de la Loi 101, on a réussi constamment à détourner notre attention avec des questions ‘relativement’ secondaires par rapport à la question centrale, à savoir LA LANGUE DE TRAVAIL. Il ne sert à rien de promulguer un affichage ‘prédominant’ obligatoire en français – et qui n’est même plus respecté aujourd’hui – si la langue de travail est le ‘bilinguisme’ pour les francophones i.e. l’anglais, en pratique. À quoi servirait l’obligation de fréquenter les cégeps francophones – au risque qu’ils s’anglicisent comme nos universités – si on ne peut trouver un emploi convenable à la fin de ses études? Déjà qu’on réclame et pratique l’immersion en anglais au primaire jusqu’au Lac St-Jean. Ceux-là sont lucides à défaut d’avoir une colonne vertébrale! L’état actuel de la langue de travail au Québec c’est la nette prédominance de l’anglais, sanctionnée par la réalité.
    Nous assistons à la victoire des Trudeau, Paul Desmarais, Laurent Beaudoin et, en définitive, des Julius Gray, Thomas Mulcair , Michael Sabia, etc.

  • celljack - Inscrit 15 décembre 2011 08 h 55

    Désertons Montréal

    À tous ceux qui désirent poser un geste concret: quittez Montréal.
    Montréal sera une ville 100% anglophone: fine!
    On a pas de besoin de Montréal et de ses infrastructures en décrépitude. Y'a des tonnes d'emplois en régions. En plus, pourquoi se contenter d'un emploi quand on a le marché tout ouvert à fonder sa propre entreprise?

  • Michel Paillé - Abonné 15 décembre 2011 09 h 30

    Plus de négociants qu’il n’en faut


    Dans cet excellent témoignage, vous avez parfaitement raison d’affirmer que l’«exigence de bilinguisme n'a rien à voir avec l'anglais langue internationale des affaires». À cet égard, je renchéri en posant la question suivante : nommez-moi une seule entreprise du Québec qui aurait raté un juteux contrat d’affaires avec l’extérieur pour la seule raison qu’elle n’aurait pas trouvé de négociateurs s’exprimant en anglais ? Ne cherchons pas cette pauvre entreprise, car il n’y en a pas.

    Comme le Québec compte au moins 3,5 millions de personnes sachant parler l’anglais, on ne manquera jamais de ressources humaines pour négocier des contrats en anglais, même si on suppose à tort que tout doit se faire en anglais avec l’étranger. On s’imagine, à tort aussi, que tous les employés d’une entreprise faisant de l’import-export doivent connaître l’anglais. Il suffit de quelques-uns pour négocier les contrats.

    Michel Paillé
    http://michelpaille.com