Lettres - Le germe de la peur

Bien que je sois souverainiste, il n'est pas faux d'avancer que le Canada est une nation où règnent la tranquillité, la sécurité et la liberté. Je peux toutefois affirmer avec la plus vive sincérité que dernièrement, j'ai éprouvé une émotion jamais ressentie en 40 ans d'existence: la peur de perdre ma liberté d'expression. Cette expérience, pour le moins préoccupante, s'est produite lorsque, en regardant le journal télévisé, ont m'a présenté le minidéfilé militaire du premier ministre Harper, soulignant le retour de Libye de la «Canadian Royal Navy». Précisons que je n'ai rien contre le fait de souligner le périlleux travail de ces hommes et femmes risquant leur vie au service d'une nation, ni contre la commémoration des morts et blessés tombés au combat. Ce qui a fait naître une pensée noire en moi, se métamorphosant en peur, est le concept de «défilé». Les images se sont succédé à grande vitesse dans mon esprit en observant le sourire radieux et satisfait de notre «Prime Minister» devant ce déploiement de force. J'y ai vu l'embryon d'une nouvelle culture militaire, comme il s'en trouvait en Europe, il y a quelques décennies.

Renversé, comme tous, par l'intransigeance du gouvernement conservateur ainsi que par son absence totale d'écoute envers les provinces et la population, je me suis dit, en le voyant admirer ses beaux avions en vol: «Ce gars-là pourrait un jour m'emprisonner à cause de mes idées.» Le principe n'est pas de savoir si j'ai raison, je n'en sais rien. Ni si je suis parano, je ne crois pas. La question est que Stephen Harper est le premier politicien, en 40 ans de quiétude, à avoir généré en moi le germe de la peur quant à ma liberté, à l'exercice de mes droits fondamentaux.

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Daniel Naud - Le 5 décembre 2011

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